Défi bichon et des rêves

Lorsque j’ai lu l’intitulé du défi bichon lancé par les canards, j’ai tout de suite pensé à ça :

Alors voilà, c’est cadeau !

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A part ça ici on continue nos discussions, réflexions…

Hier j’ai voulu montrer à MonChéri une vidéo de l’AFA (agence française pour l’adoption) qui présente l’adoption d’enfants à besoins spécifiques (enfants grands ou fratrie ou malades).
Arrivé à la moitié de la vidéo il me sort « attend, arrête la vidéo je ne suis plus… je suis en train de refaire les plans de la maison dans ma tête pour faire plus de chambres si on adopte une fratrie »

Et nous voilà debout, côte à côte devant notre véranda toute pourrie, à faire des plans sur la comète… « parce que si on refait la véranda, qu’on la transforme en salon, le salon actuel peut devenir notre chambre ! » « Ou même on fait un agrandissement à la place de la terrasse, regarde, l’entrée serait là et… »
Puis un peu plus tard à l’étage : « sinon si on pète tout et qu’on refait, on peut faire au moins 3 chambres au lieu de 2 ! » (on a une petite maison mais de grandes pièces, notre chambre fait 18m2, l’autre est à peine plus petite) « Regarde, si on met une cloison là, et… »

Ca fait bien longtemps que j’ai fait le deuil du « au moins deux enfants, peut être trois » (vivants j’entends), quelques années que je ne me projette plus qu’avec un enfant unique… mais d’un seul coup il m’est revenu en tête le rêve de grande tablée qui m’avaient traversé l’esprit quand nous avions visité notre maison.
Vous savez la « famille n*tella » , avec le papa beau gosse, la maman pimpante, les trois enfants blonds, le labrador, un petit matin d’été, avec les tartines, le beurre, la confiture sur le nez du petit dernier, les bols de lait, les rires…

Bon je sais bien que la famille n*tella n’existe pas, mais c’était chouette d’y repenser…

Lecture

Hier soir j’ai terminé un livre-témoignage sur l’adoption, écrit par une jeune femme d’origine chilienne ayant été adoptée à 4,5 ans.

dis-merci

Livre très intéressant et très dur, la petite fille vivant très mal d’être arrachée à sa famille d’accueil, puis le manque de compréhension de son entourage, la différence toujours soulignée par ses camarades de classe, toutes les questions qu’elle se pose sur son abandon, sur sa valeur en tant que personne…
L’histoire finit bien puisque cette jeune femme une fois devenue adulte et après avoir rencontré sa famille biologique, trouve enfin l’apaisement parmi sa famille en France.

Quand j’ai fermé ce livre je me suis sentie très mal sans comprendre exactement pourquoi.
Alors je me suis posée les questions habituelles lorsque je ne suis pas bien : Qu’est ce que je ressens exactement ? Quel sentiment(s) : tristesse, angoisse, peur, colère ? Qu’est ce qui dans cette situation me renvoie à ce(s) sentiment(s) ? Y a t-il une solution, ne serai-ce que temporaire (quand c’est le soir et que je n’arrive pas à dormir), pour me soulager ?

Alors j’ai compris.
Cette jeune femme n’a trouvé l’apaisement et le bonheur qu’une fois adulte, comme ça a été le cas pour moi.

Mon histoire est différente : divorce de mes parents, phobie scolaire, mère toxique. Je me sens toujours un peu honteuse de le dire, parce que « il y a pire » , que j’étais quand même aimée, que matériellement je n’ai jamais manqué de rien, mais je ne définis pas mon enfance comme ayant été heureuse. Bien au contraire, je me sentais tellement mal… Je ne garde aucune nostalgie de mon enfance, très petite (à l’âge de 8 ans) j’ai compris que je n’irai bien que le jour où je quitterai la maison. Ca a été le cas. Ma vie d’adulte a beau ne pas être facile, avec la PMA, avec le deuil de mon bébé, je suis malgré tout heureuse, apaisée par rapport à la petite fille que j’étais.

Ce livre m’a fait prendre conscience qu’en adoptant, il y a des risques que mon enfant vive ça. Le malheur et le trouble jusqu’à ce qu’il soit suffisamment mature pour chercher en lui le « pourquoi du comment » , la solution, la vérité… car je pense qu’il est question de ça dans certaines enfances malheureuses, elles le sont parce que l’enfant n’a pas encore les outils pour s’apaiser lui même, se comprendre, comprendre. Parce que parfois l’aide et les mots des adultes ne peuvent suffire.
Quand je/on me demande ce qu’il aurait fallu faire pour que j’aille mieux quand j’étais petite, je suis incapable de donner une réponse tant pour moi le « aller mieux » est venu avec ma capacité à analyser ces souffrances, et mon départ de la maison qu’il aurait été difficile de faire plus tôt : 17 ans, âge auquel mes semaines se passaient soit en internat, soit logée sur mon lieu de stage, soit chez MonChéri donc très rarement chez mes parents.
Bien entendu ce n’est certainement pas une raison pour abandonner toute tentative d’aide à un enfant dont la souffrance semble trop installée en se disant que ça ne sert à rien, ce n’est pas vrai, et ce serait pire encore…

Alors aurai-je les épaules suffisamment solides pour porter un « enfant triste » ? Un rappel du passé ne sera t-il pas trop douloureux pour moi ? Est ce une force ou une faiblesse de l’avoir vécu moi même ?

Ce que je sais c’est qu’après avoir compris tout ça j’ai ressenti un immense soulagement, et que ça ne m’a pas découragé pour autant. C’est donc plutôt positif.
Et puis ça pourrait aussi très bien se passer, il ne faut pas mettre la charrue avant les boeufs ! Rassurez vous dans ma tête il y a aussi le scénario joyeux, famille heureuse et unie etc. ! Mais être au clair avec soi même et réfléchir à ce que représente l’adoption « pour le meilleur et pour le pire » c’est ce qui nous est demandé non ?

Et maintenant ?

Je voulais juste illustrer le titre, je n’avais jamais fait attention aux paroles… elles sont terribles en fait…

Bref.

J’ai rendez-vous le 9 septembre avec la Dr Efficace (la secrétaire était désespérée pour nous) et avec le psy du CECOS (la secrétaire a été sympa et a proposé de nous donner rendez vous le même jour pour nous éviter trop d’absences au travail) et le 21 octobre avec le Grand Chef du CECOS (bonne surprise, moi qui tablait sur décembre).

Ca va nous laisser le temps de réfléchir.

Côté moral… je devais aller dans ma famille ce weekend, j’ai annulé, je préfère rester avec MonChéri. Pas la force de subir les éternelles plaintes de ma mère et de ma grand-mère. Besoin d’être tous les deux.

« Et maintenant, que vais-je faire ? » je me retrouve dans une situation que je ne voulais pas vivre, à devoir faire des choix, changer les plans, réaliser que notre enfant ne viendra pas « simplement » , par une « simple » IAD, dans un « simple » parcours PMA. ( « simple » laissez moi rire).
Face à nous l’adoption et ses longues années de vide, les FIV que j’ai en horreur, l’étranger dont nous ne voulons pas, l’autre solution avec son pas à franchir, le deuil de la parentalité non non non pas ça…

J’en ai marre d’être celle qui galère ( sûr que j’alimente les discussions de nos plus ou moins proches « je connais une fille… » ). Celle à qui il arrive ces choses dont les autres ne veulent pas. Oui j’ai presque cette impression qu’on me refile les merdes dont les autres n’ont pas voulu. Moi on ne m’a pas donné le droit de refuser.

Voilà, c’est fini

Vu les boutons sur ma tronche depuis deux jours et les douleurs qui arrivaient depuis hier soir, je n’ai eu aucune surprise à découvrir que mes règles étaient là (cette nuit à 1h30 du matin, j’aime…).

IAD 6, sans surprise, est donc négative. Mes règles auront au moins eu l’amabilité d’arriver vite, comme ça ça me laisse aujourd’hui et demain pour contacter PMA et CECOS et prendre les rendez-vous nécessaires avant la fermeture estivale.

Attendre, encore attendre…

Le coup de grâce

Je m’étais plus ou moins promis d’espérer, malgré la stim, malgré le seul follicule… là je vais juste attendre mes règles.

Par manque de secrétaire au labo c’est la Dr Douce (je n’avais dû que l’évoquer ici, la Dr Douce est la première biologiste que nous avons croisé dans notre parcours, une vraie perle, compréhensive, douce… malheureusement nous voyons plus souvent son collègue « Le fou » mais ça c’est une autre histoire) qui nous a donné le précieux flacon et la paperasse qui va avec.

« Je ne vous demande pas vos cartes d’identité hein… » bah non, plus personne ne nous les demande. Depuis 4 ans et demi qu’on leur rend visite, 5 FIV, 10 inséminations… on fait partie des meubles.
« Bonne chance, bon weekend ! » merci vous aussi…

Dans l’ascenseur qui redescend je dis à MonChéri « Je n’ai pas vu combien il y en avait, fais voir le papier ! » Il refuse, le malaise s’installe, s’il refuse c’est que ce n’est pas bon. « Quoi 1.5 millions ? » il ne répond pas, il ne va pas bien. Je me tais, je sais que je le saurai au moment de l’insémination, les gynécos regardent toujours…

C’est la Dr Quiaarretélecoeurdemonfils qui vient nous chercher. Nous rentrons dans la salle, je vais m’installer. Avant même qu’elle ne me touche je me rends compte avec horreur que je sais comment elle va le faire. Voilà, je suis en PMA depuis tellement longtemps que je pourrais quasiment reconnaître le gynéco qui s’occupe de moi les yeux fermés, juste à ses gestes…

Elle a beaucoup de mal à passer le col, j’ai la vessie vide, ça fait un virage difficile à passer. Elle finit par y arriver, procède à l’insémination.
Je lui demande si elle peut regarder mes ovaires et d’après elle combien de follicules étaient mûrs. Elle pense au moins deux. Tant mieux.

Je me rhabille, elle me dit « On ne prescrit plus de progestérone, les études ont montré que ça ne servait à rien, que ça n’augmentait pas les chances. Mais si vous en voulez je vous fais une ordonnance. »
J’ai failli partir dans un rire nerveux. Combien de fois m’a-t-on regardé de travers parce que je demandais si c’était nécessaire, utile, obligatoire ? Combien de fois m’a-t-on regardé surpris parce que je refusais ces foutus ovules ?
« Au moins j’aurai vu ça avant de partir » voilà ce qui me passe en tête, « peut être que si je reste un peu plus longtemps en PMA on me dira que j’avais raison de refuser les stim… »

Revenus vers le bureau elle demande le papier à MonChéri « 220 000 ! Ne vous inquiétez pas, c’est fréquent avec les paillettes du CECOS, ça ne veut rien dire… »
220 000 au lieu des habituels 2 millions. 220 000 c’est le coup de grâce. Ils nous ont donné une paillette pour FIV c’est pas possible ! 220 000 je n’y crois pas…

Je lui demande si elle pense qu’on pourra demander plus d’IAD à la place des FIV, réponse « ça m’étonnerai que là bas ils acceptent, ils vont vous dire qu’au bout de 6 ça ne sert à rien de continuer et qu’il faut passer en FIV ».  bas au CECOS… c’est la réponse à laquelle je m’attendais…

Nous partons. Dans les couloirs je commence à pleurer, MonChéri se retiens. Il me dit qu’il n’y crois plus, mais que moi il faut que je garde espoir.
Oui d’habitude c’est comme ça qu’on fonctionne, quand l’un flanche l’autre prend le relais, mais cette fois je crains que ça ne soit pas possible.

MonChéri devait aller bosser mais il ne veut pas me laisser comme ça, alors on est allé manger tous les deux avant de partir chacun de notre côté.

Depuis je pleure, l’espoir n’est plus…

Dans le ciel il y a un grand soleil, dans la voiture il y avait Amadou et Mariam, mais mon coeur est froid…

Musique

S’il fallait toutes les répertorier, je crois qu’on serai surpris de voir le nombre de chansons qui existent sur le désir d’enfant, de voir aussi de qui elles sont.

L’autre jour j’écoutais Tryo dans la voiture…

Elle a laissé juste un cil
Sur sa joue et c’est pour qu’il
La regarde encore une fois
Comme elle a plissé des yeux
Il a deviné son vœu
C’est le même à chaque fois

Un voyage
Et des ballons sur le rivage
Un râteau, une pelle et un seau
Un enfant sur le dos
Comme il peine
À offrir un prince à la reine
La belle quittera le château
Elle partira bientôt

Comme il n’ose pas lui dire
Tout finit dans un soupir
C’est le même à chaque fois
Et comme il fallait un geste
Il est pour celui qui reste
Glissera entre ses doigts

Et elle file
Vers une romance, un exil
Cherchera toujours le repos
Un enfant sur le dos
Elle voyage
Osera-t-il prendre le large
Son corsaire ou son hidalgo
Qu’elle aimera bientôt

Que la vie lui pardonne
Vers la fin de l’automne
De suivre les oiseaux
Et de semer les hommes
De redouter en somme
Une saison de trop

Se réveillent les caresses
Sous l’orage et les averses
Quand le beau temps reviendra
Elle retrouvera le fil
Et le printemps sur son île
Qu’un autre partagera

Elle voyage
Et les cris d’enfants sur la plage
Trouveront enfin pour écho
Un enfant sur son dos
Le temps passe
Le vent frissonne
L’hiver menace
Mais son corsaire, son hidalgo
Arrivera bientôt

Que la vie lui pardonne
Vers la fin de l’automne
De suivre les oiseaux
Et de semer les hommes
De redouter en somme
Une saison de trop

Chanson…

… qui me rappelle quand ça ne va pas qu’il y a toujours de belles et simples choses qui nous entourent :

Derrière la saleté
S´étalant devant nous
Derrière les yeux plissés
Et les visages mous
Au-delà de ces mains
Ouvertes ou fermées
Qui se tendent en vain
Ou qui sont poing levé
Plus loin que les frontières
Qui sont de barbelés
Plus loin que la misère
Il nous faut regarder

Il nous faut regarder
Ce qu´il y a de beau
Le ciel gris ou bleuté
Les filles au bord de l´eau
L´ami qu´on sait fidèle
Le soleil de demain
Le vol d´une hirondelle
Le bateau qui revient
L´ami qu´on sait fidèle
Le soleil de demain
Le vol d´une hirondelle
Le bateau qui revient

Par-delà le concert
Des sanglots et des pleurs
Et des cris de colère
Des hommes qui ont peur
Par-delà le vacarme
Des rues et des chantiers
Des sirènes d´alarme
Des jurons de charretier
Plus fort que les enfants
Qui racontent les guerres
Et plus fort que les grands
Qui nous les ont fait faire

Il nous faut écouter
L´oiseau au fond des bois
Le murmure de l´été
Le sang qui monte en soi
Les berceuses des mères
Les prières des enfants
Et le bruit de la terre
Qui s´endort doucement
Les berceuses des mères
Les prières des enfants
Et le bruit de la terre
Qui s´endort doucement

C’est quand le bonheur

J-1 et dans ma tête c’est Bagdad. Enfin vous visualisez quoi…
J-1 et comme tant de fois j’espère que demain ma vie changera.

Mais comme à chaque fois je refuse d’attendre ce possible changement pour être heureuse. Parce que le bonheur ne sera jamais si nous nous obstinons à regarder ce que nous n’avons pas plutôt que d’ouvrir les yeux sur ce qui est déjà dans nos mains et notre coeur.
J’ai vécu, je vis, des choses difficiles, terribles, et bien sûr il y aura toujours au fond de moi cette terrible souffrance qu’est la mort de mon premier bébé, toujours… mais je vais bien, je vis avec un homme formidable que j’aime et qui m’aime, nous n’avons pas de gros problèmes de santé, nous avons un toit au dessus de nos têtes, des radiateurs en marche et un frigo plein, nous avons des amis, de la famille qui nous aime… Je vis !

Alors en attendant un bonheur plus grand, vivons et soyons heureux !

Demain peut être…