Bilan d’une année, confinement sécurisant et regard vers l’avenir

Il y a quelques jours nous avons fêté les un an de l’appel !

Quelle année !
Je dois vous avouer que je suis déjà nostalgique, non pas parce que « c’était mieux », chaque jour passé avec notre fille est formidable (si si, même les mauvais jours, même les jours lambda) et je serai probablement nostalgique de chacun d’entre eux, mais parce que ces moments d’une intensité incomparable sont uniques et ne reviendront jamais.
L’euphorie de l’annonce, les préparations avant le départ, LA rencontre, la découverte, les découvertes, l’évolution du lien, de la confiance, de l’amour…
Nous avons eu le privilège immense de vivre un événement, une aventure, que seule une poignée de personnes connaît.

Quelle année, que de changements et quelle évolution de notre fille ! S. ne ressemble plus à la petite fille effrayée que nous avons vu pour la première fois sur une vidéo (quel choc lorsque j’ai revisionné cette vidéo l’autre jour… sa terreur, sa solitude…). S. est une petite fille joyeuse et câline, elle court, saute, danse, bavarde… Elle a poussé comme un champignon (et c’est un plaisir à chaque fois renouvelé, et maintenant partagé par la demoiselle qui est coquette, d’ouvrir un nouveau carton de vêtements).
La peur fait toujours partie de sa vie, évidemment, parce qu’elle est un être humain, parce qu’elle est un enfant, parce que son vécu a imprégné en elle de nombreuses peurs, que nous ne comprenons pas toujours d’ailleurs, mais elle l’affronte avec nous.

Cette période de confinement est toujours très bien vécue ici. Et c’est tellement sécurisant pour notre fille d’avoir ses deux parents avec elle et un quotidien tranquille qu’elle est particulièrement sereine (et nous aussi, deux adultes pour un enfant c’est un luxe, il n’y a pas mieux pour rester zen) et que les acquisitions vont bon train. Le langage évolue, on n’en est pas encore à une phrase construite mais les mots s’assemblent et nos discussions s’étoffent. La demoiselle a de l’humour, elle a passé tout un repas à se marrer parce que : « Croque monsieur ! Papa monsieur… croque papa ! Ahahaha ! Mais noooooon ! »
Autre grande avancée : le pot est de nouveau sorti. La précédente tentative (pourtant de son initiative) avait débouché sur une angoisse terrible et un blocage total, cette fois elle semble convaincue de l’utilité de la chose pour faire caca, mais c’est tout (et c’est déjà pas mal). Il reste quelques semaines de confinement, on ne perd pas espoir.
Par contre dormir pour elle c’est perdre du temps de jeu, la sieste est de nouveau une lutte alors que, après test, croyez moi elle en a besoin. La nuit s’était raccourcie aussi, elle se levait très tôt, mais on remercie le changement d’heure pour l’heure manquante de sommeil retrouvée.

L’école se profile, S. en est très curieuse, parait plutôt contente à l’idée d’y aller (c’est déjà ça). Nous avons fait son inscription juste avant le confinement, j’ai eu le temps de voir le directeur qui m’a semblé plutôt ouvert. Il doit y avoir une réunion pour les parents, puis une demi-journée à l’école accompagnée d’un parent, en fin d’année mais pour le moment…
Moi j’essaie de ne pas imaginer ça comme « jeter ma fille dans la fosse aux lions ».
Je suis persuadée que s’amuser avec d’autres enfants, découvrir un nouveau lieu d’apprentissages, faire ses expériences hors de ma présence etc. ferait du bien à ma fille et qu’elle en serait ravie… mais je sais aussi que l’école telle qu’elle est aujourd’hui n’est pas forcément épanouissante ni adaptée aux enfants (quels qu’ils soient) et à un apprentissage heureux. Et je sais que dans ma commune les classes sont surchargées. (Je précise que je ne « crache » pas sur les instits, loin de là, elles sont aussi victimes de ce système…).
Dans une telle situation ma peur est que ma fille ne se mette en mode survie (parce qu’elle maîtrise bien le mode survie) plutôt qu’elle ne s’adapte. Ce serait catastrophique.
Mais on n’en est pas là hein ?!

Anniversaire

Voilà une situation particulière qui peut se résumer en une phrase surprenante : ma fille de quelques mois va avoir trois ans.
Si si. Elle est ma fille. Depuis quelques mois. Et dans quelques jours elle aura trois ans.

Nous préparons fièrement son anniversaire, nous lui avons expliqué cette journée particulière et elle l’attend ( « S. quel âge vas-tu avoir ? » « T’ois » dit-elle… avec ses dix doigts en l’air !)… mais lorsque j’ai accouché de mon fils, j’ai réalisé que la personne pour qui un anniversaire a le plus de signification n’est pas celle qui le fête mais celle qui a enfanté. Elle sait ce qui s’est passé ce jour là, en détail, tout est imprimé, heure par heure, le temps, les odeurs, les visages, la douleur… Cette journée elle en a un réel souvenir.

Il y a trois ans une autre femme a mis au monde ma fille. J’aurais aimé être là, savoir, heure par heure, être au premier rang de la découverte de cette enfant, de son premier regard… mais l’histoire ne devait pas être celle là, elle seule connaît les secrets de cette journée. Il y a trois ans elle a mis au monde sa fille, la mienne, et la prise contre elle.
Aujourd’hui, je pense à elle, elle qui a accompagné, porté, soigné sa/ma fille durant ses premiers mois et qui a du se résigner à l’abandonner. Elle n’a pas été que génitrice, elle a été sa maman comme je le suis aujourd’hui. La douleur de la décision, la douleur de la séparation, la douleur du vide… je l’ai vécu d’une autre manière, mais comment vit-on de savoir son enfant encore vivant quelque part mais pas auprès de soi ? Que vit-elle aujourd’hui ?

Il y a quelques temps nous discutions avec MonChéri de tous ces « fantômes » qui composent notre famille. Il y a « papa, maman et S. », trio bien vivant et inséparable, et puis il y a un fils/frère aîné quelque part dans les étoiles et une première maman quelque part dans ce monde. Il faut composer avec, construire autour, donner une juste place à chacun…

En attendant, dans quelques jours, notre fille va fêter ses trois ans… et elle, comment va -telle le vivre ?

Première neige

Ce matin, manteau blanc autour de la maison…

« – Regarde S. , il y a de la neige dehors !
– Manège !!!
– Non, de la neige, tu vois, c’est bl…
– Manège !!!
– Non, c’est pas pareil, là c’est de la neige…
– Manège, tou’ne, tou’ne, hiiiiiii !!! » (= tourne, le cheval)

Découvertes diverses et deuil de la discrétion

Hier, dans la salle de bain, S. touche le radiateur (remis en chauffe) en s’essuyant les mains sur sa serviette… Les yeux s’écarquillent… « MAMAAAAN !!!! Ffffff ! Fffffff !!! »

… Ah oui… on avait oublié de prévenir qu’un radiateur ça chauffe…

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Début de semaine, « entrainement intensif » avant une nouvelle (vaine) tentative de consultation médicale en consultation adoption, nous jouons avec un stéthoscope.
S. « ausculte » son père, aperçoit ses poils de torses : « Bieurk ! Poils !!!! »

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N’importe où, n’importe quand, mais surtout quand on est au resto où que l’on reçoit du monde, quand l’un de nous deux va discrètement aux toilettes :
S :  » MAMAN/PAPA CACA !!! »

(On ne peut plus péter tranquille non plus, elle a l’ouïe très fine)

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Dans la semaine, je m’habille, elle pointe ma poitrine :
 » – Ce sont mes seins, regarde toi aussi tu en as, ils sont petits, quand tu seras grande tu… »
– (Re-pointe les miens) GROOOS !!! »

Bon ok, vu l’anecdote précédente je m’attend au pire la prochaine fois qu’on aura du « public » !

De la suite dans les idées…

Hier, visite de ma soeur et de toute sa smala. On est très proches alors c’est la troisième fois, S. est désormais à l’aise avec eux et joue beaucoup avec ses grands cousins adolescents, moins avec le plus jeune de sept ans, elle se méfie beaucoup des enfants de son âge et un peu plus grands, avec les plus petits qu’elle ça a l’air d’aller.

Le pauvre petit dernier de ma soeur faisait déjà doublement la tête : sa cousine ne joue qu’avec les grands et en plus tout le monde a le regard tourné vers elle et non plus vers lui qui était jusqu’à présent le « petit-mignon », mais la coquine en a rajouté une couche… alors que son cousin s’amusait à se faire chronométrer en train de faire un puzzle simple le plus rapidement possible, S. qui n’aime pas trop qu’on touche à ses jouets a décidé de se réapproprier son bien, mais face à la réticence de son cousin elle a trouvé un stratagème, elle lui a tendu un livre et une fois qu’il avait les mains prises elle s’est dépêchée d’attraper des pièces du puzzle et de se barrer en courant (et en se bidonnant parce que nous même étions morts de rire).

Je crois qu’on ne va pas s’ennuyer…

Sinon, aujourd’hui, rdv en consultation adoption. Le médecin n’a pas pu la toucher. Vu sa peur des docteurs et le fait qu’elle soit globalement en bonne santé, inutile de la traumatiser maintenant, le bilan complet attendra qu’elle soit moins farouche. On a apprécié son approche.
(Et à peine sortis du bureau du médecin, la demoiselle fanfaronnait dans le couloir^^)