1 an bis et ter et plus, 1 an de maman

J’aime bien moi ces dates anniversaires multiples et heureuses. Un an de l’appel, de la rencontre, du jugement et, prochainement, de notre arrivée à la maison, à trois.

Et constater l’évolution, encore et toujours, de notre fille… et de nous même.
Se retourner sur l’année passée, se souvenir de chaque étape, de ces étapes « mais on ne s’en sortira jamaaaaiiiiis »… qui ont duré trois semaines tout à plus (l’occasion de relativiser, ou pas, quand on nouveau « mais on ne s’en sortira jamaaaiiiis » pointe le bout de son nez… soit dit en passant, si vous en êtes à ce stade : si si, un jour, votre enfant se passera de couche, moi non plus j’y croyais plus).
Se dire qu’avec le recul il y a des choses j’aurai du faire autrement, que parfois oui j’ai été/je suis nulle, à côté de la plaque… comme toute mère (me tourner vers de bonnes copines dans les moins bons moments et s’entendre dire « oulala mais moi aussi des fois je pète les plombs et j’ai l’impression d’être une sorcière » ça fait tellement de bien). Mais « parfois », c’est pas « tout le temps », Filliozat dit qu’il n’y a pas de parents parfaits, et Winnicott dit qu’il faut être « suffisamment bonne ». Alors ça va, je gère. J’apprends des moins bons moments et je me donne des coups de pieds aux fesses pour revenir à du mieux.
Au fil du temps je suis quand même devenue bien plus confiante. Longtemps j’ai envié ce rôle de maman, celui de personne principale dans la vie d’un enfant, aujourd’hui j’ai enfin décroché ce rôle. La nuit, dans ses cauchemars, c’est moi qui suis appelée pour la sauver.
Et je suis toujours impressionnée par ce sentiment animal qui nous lie à notre enfant, pour L. c’était dans la perte, j’avais perdu mon petit et je ressentais que l’animal en moi ne le comprenait pas et le cherchait encore, pour S. c’est dans la protection. Je me sens littéralement montrer les crocs et hérisser les poils quand quelqu’un la « menace ». Intérieurement bien sûr… mais je le sens. Mère louve…

Le confinement m’aura fait du bien, me retirer du monde, réfléchir et puis, oui, reprendre cette thérapie (finalement pas) terminée il y a trois ans. Je savais depuis l’arrivée de S. que ça serait nécessaire. Oh pas grand chose, se débarrasser des sentiments parasites, faire le tri entre ce qui m’appartient et ce qui est à ma fille, répondre à certaines interrogations… ça ça a été facile.
Ce qui l’est moins, c’est cette redistribution des cartes : j’avais appris à gérer ma mère, ses abus, les conséquences, en tant que fille, mais j’ai découvert que gérer ma mère, ses abus, les conséquences, en tant que mère moi-même, d’une fille qui plus est… c’est une autre paire de manche.

1 an de maman. Une année de découverte d’elle, de moi et de MonChéri.

1 an, la rencontre

Il y a un bientôt an, après beaucoup d’heures d’avion, et encore plus d’heures sans sommeil, nous rencontrions notre fille.

C’est passé tellement vite.
Ca me semble être hier, mais aussi loin, bien loin.

Parfois une odeur, une image, une sensation me ramène à cet incroyable voyage. Il me parait presque irréel, rêvé, tant tout ce qui le compose est exceptionnel.

Parfois une situation me ramène à celle que j’étais avant, à cette souffrance de l’attente et de l’incertitude. Alors je regarde ma fille en remerciant l’univers, je mesure mon bonheur immense de l’avoir auprès de moi. Dans ces moments je pense aussi au nombre de fois où l’on a entendu « après on oublie tout » et à ce nombre égal de fois où j’ai pensé « ça m’étonnerait ».

Ce n’est pourtant pas si faux. Je ne suis pas sûre qu' »oublier » soit le mot juste. Je n’ai pas oublié, c’est juste que je n’y pense plus. Du moins rarement. Je n’ai pas oublié les années et les épreuves, mais la sensation de souffrance et le poids de l’incertitude je n’arrive même plus à me les représenter dans leur exacte intensité, et le quotidien longtemps rêvé prend le pas sur tout le reste, ne laissant que bien peu de temps pour se retourner sur l’avant (soit dit en passant on ne regarde pas beaucoup l’après non plus, on vit au jour le jour, ça c’est ce que notre petit L. nous a appris).

Je peine aussi à mettre des mots sur ce paradoxe : j’ai toujours en tête que ma fille peut avoir des comportements, réactions, angoisses spécifiques du(e)s à son vécu… mais j’oublie son adoption, quand je vois ma fille je vois ma fille, pas ma « fille adoptée », je ne la vois pas différente de moi, de ses cousins-cousines, j’en oublie presque qu’elle n’a pas toujours été là, que nous n’avons pas de gènes en commun et donc qu’il est inutile de s’inquiéter des « tares » génétiques que son père ou moi aurions pu lui transmettre^^.
Elle est ma fille, je suis sa mère, point.

Et 1 an, qu’est ce que ça représente pour ma fille ?
Ce qu’on peut déjà dire, c’est qu’elle a maintenant passé plus de temps avec nous qu’à l’orphelinat, et ça ce n’est pas rien.
S. connait bien son histoire, elle sait où elle est née et quelles étapes ont jalonné sa vie de bébé et de toute petite fille jusqu’à nous. Elle aime entendre le récit de son adoption, elle accepte tout à fait d’entendre parler de l’orphelinat (dernièrement elle semble s’inquiéter du sort de ses « copains » restés là-bas, et a voulu voir une photo des nounous), mais entendre qu’elle n’a ni été dans mon ventre, ni été avec nous bébé alors là ça ne lui plait pas du tout ! Elle continue donc ses phases de régression histoire de bien tout revivre avec nous (on avance, on en est aux premiers pas maintenant) et m’explique qu’elle était dans mon ventre ! Rien d’inquiétant là dedans, tout cela est tout à fait normal.

Il y a bientôt un an une petite fille rencontrait des parents. Aujourd’hui notre fille a son papa et sa maman. Entre ces deux phrases tout un monde.

Bilan d’une année, confinement sécurisant et regard vers l’avenir

Il y a quelques jours nous avons fêté les un an de l’appel !

Quelle année !
Je dois vous avouer que je suis déjà nostalgique, non pas parce que « c’était mieux », chaque jour passé avec notre fille est formidable (si si, même les mauvais jours, même les jours lambda) et je serai probablement nostalgique de chacun d’entre eux, mais parce que ces moments d’une intensité incomparable sont uniques et ne reviendront jamais.
L’euphorie de l’annonce, les préparations avant le départ, LA rencontre, la découverte, les découvertes, l’évolution du lien, de la confiance, de l’amour…
Nous avons eu le privilège immense de vivre un événement, une aventure, que seule une poignée de personnes connaît.

Quelle année, que de changements et quelle évolution de notre fille ! S. ne ressemble plus à la petite fille effrayée que nous avons vu pour la première fois sur une vidéo (quel choc lorsque j’ai revisionné cette vidéo l’autre jour… sa terreur, sa solitude…). S. est une petite fille joyeuse et câline, elle court, saute, danse, bavarde… Elle a poussé comme un champignon (et c’est un plaisir à chaque fois renouvelé, et maintenant partagé par la demoiselle qui est coquette, d’ouvrir un nouveau carton de vêtements).
La peur fait toujours partie de sa vie, évidemment, parce qu’elle est un être humain, parce qu’elle est un enfant, parce que son vécu a imprégné en elle de nombreuses peurs, que nous ne comprenons pas toujours d’ailleurs, mais elle l’affronte avec nous.

Cette période de confinement est toujours très bien vécue ici. Et c’est tellement sécurisant pour notre fille d’avoir ses deux parents avec elle et un quotidien tranquille qu’elle est particulièrement sereine (et nous aussi, deux adultes pour un enfant c’est un luxe, il n’y a pas mieux pour rester zen) et que les acquisitions vont bon train. Le langage évolue, on n’en est pas encore à une phrase construite mais les mots s’assemblent et nos discussions s’étoffent. La demoiselle a de l’humour, elle a passé tout un repas à se marrer parce que : « Croque monsieur ! Papa monsieur… croque papa ! Ahahaha ! Mais noooooon ! »
Autre grande avancée : le pot est de nouveau sorti. La précédente tentative (pourtant de son initiative) avait débouché sur une angoisse terrible et un blocage total, cette fois elle semble convaincue de l’utilité de la chose pour faire caca, mais c’est tout (et c’est déjà pas mal). Il reste quelques semaines de confinement, on ne perd pas espoir.
Par contre dormir pour elle c’est perdre du temps de jeu, la sieste est de nouveau une lutte alors que, après test, croyez moi elle en a besoin. La nuit s’était raccourcie aussi, elle se levait très tôt, mais on remercie le changement d’heure pour l’heure manquante de sommeil retrouvée.

L’école se profile, S. en est très curieuse, parait plutôt contente à l’idée d’y aller (c’est déjà ça). Nous avons fait son inscription juste avant le confinement, j’ai eu le temps de voir le directeur qui m’a semblé plutôt ouvert. Il doit y avoir une réunion pour les parents, puis une demi-journée à l’école accompagnée d’un parent, en fin d’année mais pour le moment…
Moi j’essaie de ne pas imaginer ça comme « jeter ma fille dans la fosse aux lions ».
Je suis persuadée que s’amuser avec d’autres enfants, découvrir un nouveau lieu d’apprentissages, faire ses expériences hors de ma présence etc. ferait du bien à ma fille et qu’elle en serait ravie… mais je sais aussi que l’école telle qu’elle est aujourd’hui n’est pas forcément épanouissante ni adaptée aux enfants (quels qu’ils soient) et à un apprentissage heureux. Et je sais que dans ma commune les classes sont surchargées. (Je précise que je ne « crache » pas sur les instits, loin de là, elles sont aussi victimes de ce système…).
Dans une telle situation ma peur est que ma fille ne se mette en mode survie (parce qu’elle maîtrise bien le mode survie) plutôt qu’elle ne s’adapte. Ce serait catastrophique.
Mais on n’en est pas là hein ?!

Neuf mois

Il y a neuf mois (et quelques jours) S. est devenue officiellement notre fille.

Faut-il y voir un hasard si, dans une nouvelle phase de régression, S. nous fait des simulacres d’accouchement ?

Je ne sais pas. Je sais juste qu’après avoir porté et nourrit des dizaines de fois un bébé de douze kilo le mois dernier, ces jours ci il faut la hisser de dessous les couvertures, ou de l’intérieur d’un tunnel… et la sécher. Surprenant non ?!

Et moi ? Règles douloureuses, grosse fatigue et à fleur de peau… je crois que je suis en post-partum.

Les gens

J’avais commencé à écrire cet article il y a un moment et finalement j’avais décidé de juste ravaler ma haine.

Et puis en fait non.

J’en peux plus des gens (c’est vaste vous me direz, je ne vise pas tout le monde, juste les gens) (je crois que « les gens » dans mon esprit c’est une insulte polie).

Avant de revenir avec S. on avait prévenu : attention elle sera probablement très intimidée mais de toute façon, même si ce n’était pas le cas, il n’est pas souhaitable qu’au départ elle aille vers tout le monde et que tout le monde s’en occupe. Encore une fois merci J. Lemieux et les mots que nous lui avons emprunté.
Au début tout le monde a plutôt bien respecté la consigne pour ceux qui l’avaient eu, quand aux autres, aux inconnus etc. de toute façon S. était agrippé à nous et se cachait si quelqu’un approchait.

Et puis, au bout d’un certain temps, elle a fini par se détendre et sympathiser avec le monde. Au départ on s’est dit « chouette, c’est plutôt bon signe ! ». C’était sans compter les gens, les gens qui ont pris ça comme le feu vert pour faire n’importe quoi, et nous qui, bêtement, encore dans notre idée de « c’est bien elle s’ouvre au monde » n’avons pas réagi tout de suite (et croyez moi je m’en veux à mort).

Les gens sont devenus c*ns, à faire n’importe quoi pour être celui qui aurait le plus d’interactions, de bisous ou de câlins, pour être celui qui aura la cote auprès de S.
Je sais que certains se comportent comme ça d’office devant un gamin, je sais aussi que le statut « adopté » de ma fille accentue le phénomène, on était prévenus mais de le vivre ça demande un temps d’adaptation quand même… Bref, les gens n’en peuvent plus, même les professionnels sortent de leur rôle (genre les secrétaires médicales qui sortent de derrière leur bureau pour demander un bisou parce qu’ « elle est tellement mignonne, c’est une histoire tellement incroyable », ou pire, et là ça m’a fait sortir de mes gonds, les animatrices du lieu d’accueil parent-enfant qui gardaient une attitude tout à fait professionnelle avec les autres enfants mais monopolisaient ma fille « qu’est ce qu’elle est attachaaaante » ). Le pire du pire ? Une collègue de MonChéri qui prend ma fille dans ses bras et lui dit « voilà, maintenant t’es mon bébé ! », croyez moi la collègue s’en est pris plein la poire.

Ca a été le déclencheur. On s’est rendu compte qu’il allait falloir faire un retour en arrière immédiatement parce que notre fille était en train de trouver là une solution à son angoisse du rejet : se faire aimer de tout le monde et de n’importe qui.

Alors j’ai fui les gens, et l’arrêt de MonChéri est arrivé peu de temps après donc on s’est refait un petit cocon à trois. Plus de visites à son boulot (je vous jure, ses collègues, j’avais envie de les empaler), plus de visites au lieu d’accueil…

Aujourd’hui MonChéri a repris le boulot et je recommence à sortir. C’est peut être pour ça que cet article m’est revenu d’ailleurs, parce qu’à nouveau je me heurte à des gens qui perdent leurs neurones en présence de S. Sauf qu’aujourd’hui nous ré-apprenons à notre fille qu’elle a le droit de dire « non » si elle ne veut pas de bisous, et qu’on ne montre pas le même degré d’intimité envers la famille ou les amis qu’envers quelqu’un qu’on croise occasionnellement ou qu’on rencontre pour la première fois.

C’est pas évident quand on est du genre à ne pas faire de vagues, mais maintenant on sort les dents…

Notre famille (article un peu MILK, mais j’ai le droit quand même)

Au dessus de notre lit, deux cadres, deux portraits, notre fils, notre fille. Ces deux cadres accrochés j’ai ressenti un certain accomplissement, ce sentiment d’avoir ma famille au complet.

Oui, même si mon fils me manque, d’autant plus en vivant aujourd’hui avec S. tout ce que nous aurions du vivre d’abord avec lui, comme si je me rendais d’autant plus compte de tout ce qui nous a été arraché par sa mort. Mais c’est un fait, c’est comme ça, sa place dans la famille est celle-ci, celle de l’aîné qui n’est pas né vivant, et sa place est importante.

Et même si parfois je me dis « ce qu’on vit aujourd’hui est merveilleux, pourquoi ne pas le vivre une seconde fois ? », la demi-seconde qui suit je me dis « ce qu’on vit aujourd’hui est tellement merveilleux, pourquoi risquer de briser tout ça ?! »

Bref, notre famille au complet, une famille atypique, une famille dont je suis fière. Sur ce mur, au dessus de notre lit, deux portraits résument à eux seuls à quel point notre combat a été grand pour devenir parents.

Aujourd’hui, chaque jour, je pose un regard émerveillé sur ma fille, mon incroyable fille qui se reconstruit une vie en composant avec l’ancienne. Et même si je sais que notre présence n’y est pas pour rien, je vous assure que nous sommes surtout spectateurs de cette force qu’elle déploie et de ses réussites. Nous sommes là en soutien (bon soutien quand même, envoyons nous des fleurs un peu), mais c’est elle qui fait le gros du boulot !

Aujourd’hui on nage dans le bonheur d’une vie de famille où chacun sait combien elle est précieuse, une vie de famille tellement normale mais tellement extraordinaire à nos yeux. Voir MonChéri faire du toboggan au parc dans n’importe quel sens juste pour faire marrer sa fille, la voir « l’escalader » (MonChéri aurait-il pris un peu de ventre ? Hum hum..) le matin dans le lit pour lui faire un câlin, se serrer tous les trois dans le canapé… me procurent une joie immense. Intérieurement je suis la pire des « MILK », chaque petites choses faites ou dites par ma fille mériteraient la une d’un journal, ou une publication fb, ou au moins que j’appelle l’intégralité de ma famille et de mes amis, toutes discussions ne pourraient tourner qu’autour d’elle sans problème… mais bon… je me contiens… je sais…

Mais quand même, que notre fille depuis quelques temps nous dise plusieurs fois par jour : « maman, ‘t’aime » et « papa, ‘t’aime », je n’allais pas le garder pour moi !

Régression ?

Hier, aujourd’hui, S. s’allonge par-terre, me tend les bras : « bébé, câlin » – je la prends, elle se laisse porter, de tout son poids, poupée de chiffon, se blottit contre moi… « Biberon » – je lui donne le biberon, puis elle redescend, s’allonge et recommence : « bébé, câlin »…

10 fois, 20 fois peut être. On ne compte pas. On fait et puis c’est tout.

Et puis, pour la première fois, elle a pointé du doigt le premier classeur et demandé à voir les photos des moments passés avec nous à l’orphelinats, elle qui jusqu’à présent ne voulait voir que le second, celui du jugement et de l’après, ou seulement la toute première partie du premier : le récit de l’appel et de notre préparation…

Alors, on régresse ou on avance ? 😉

Anniversaire

Voilà une situation particulière qui peut se résumer en une phrase surprenante : ma fille de quelques mois va avoir trois ans.
Si si. Elle est ma fille. Depuis quelques mois. Et dans quelques jours elle aura trois ans.

Nous préparons fièrement son anniversaire, nous lui avons expliqué cette journée particulière et elle l’attend ( « S. quel âge vas-tu avoir ? » « T’ois » dit-elle… avec ses dix doigts en l’air !)… mais lorsque j’ai accouché de mon fils, j’ai réalisé que la personne pour qui un anniversaire a le plus de signification n’est pas celle qui le fête mais celle qui a enfanté. Elle sait ce qui s’est passé ce jour là, en détail, tout est imprimé, heure par heure, le temps, les odeurs, les visages, la douleur… Cette journée elle en a un réel souvenir.

Il y a trois ans une autre femme a mis au monde ma fille. J’aurais aimé être là, savoir, heure par heure, être au premier rang de la découverte de cette enfant, de son premier regard… mais l’histoire ne devait pas être celle là, elle seule connaît les secrets de cette journée. Il y a trois ans elle a mis au monde sa fille, la mienne, et la prise contre elle.
Aujourd’hui, je pense à elle, elle qui a accompagné, porté, soigné sa/ma fille durant ses premiers mois et qui a du se résigner à l’abandonner. Elle n’a pas été que génitrice, elle a été sa maman comme je le suis aujourd’hui. La douleur de la décision, la douleur de la séparation, la douleur du vide… je l’ai vécu d’une autre manière, mais comment vit-on de savoir son enfant encore vivant quelque part mais pas auprès de soi ? Que vit-elle aujourd’hui ?

Il y a quelques temps nous discutions avec MonChéri de tous ces « fantômes » qui composent notre famille. Il y a « papa, maman et S. », trio bien vivant et inséparable, et puis il y a un fils/frère aîné quelque part dans les étoiles et une première maman quelque part dans ce monde. Il faut composer avec, construire autour, donner une juste place à chacun…

En attendant, dans quelques jours, notre fille va fêter ses trois ans… et elle, comment va -telle le vivre ?

Merci 2019 !

Me voilà avec un peu de temps pour moi, comme d’habitude à cette période je suis allée lire l’article de l’année dernière, voir de quelle façon je portais mon espoir. Quelle émotion de se retrouver un an après avec notre vœux le plus cher exaucé ! Oui cette année nous avons été chanceux.

Noël est passé, tellement plus léger, tellement plus heureux… tellement étrange pour nous qui l’avons fui si longtemps. Mille fois j’ai pensé à toutes celles et ceux pour qui cette période est devenue un supplice. Je n’oublierai jamais.

Notre petite S., elle, n’aura pas été très chanceuse pour Noël puisque le 24 au soir elle était au lit à 19h avec 40 de fièvre (et nous de vivre nos premières nuits de parents d’enfant malade), ça n’a pas empêché les étoiles dans les yeux le lendemain matin heureusement.
Notre souhait de ne pas la voir crouler sous les cadeaux-babioles a été relativement bien respecté jusque là, elle a eu de beaux jouets et elle en est ravie.

Pour le reste, notre demoiselle traverse de nouveau une période d’angoisses pour une raison que nous n’avions absolument pas anticipée : sa tentative de propreté. Eh oui, ça aussi ça demande du lâcher prise, et le lâcher prise est encore difficile malgré tout… Retour en arrière, on attend que ça se tasse.
En revanche elle a passé avec succès et sans stress ses premières heures sans nous, à la maison, de jour, avec une baby-sitter qu’elle connaît bien. La possibilité d’un resto en amoureux se profile.
Quant au sommeil est une affaire qui roule.

Voilà, nous terminons 2019 avec, à nos côté, notre fille merveilleuse. S. est un soleil vivant, elle ne laisse personne indifférent avec sa joie de vivre et son regard intense. Elle est une petite fille à la fois sensible et forte, plusieurs personnes m’ont déjà dit : « elle s’en sortira toujours dans la vie, ça se sent » et je le crois volontiers.

Que nous souhaiter pour l’année à venir ? Encore et toujours du bonheur, une vie paisible avec ses plaisirs simples. Et puis une reprise du boulot en douceur pour moi, une entrée à l’école tranquille pour elle.
L’aboutissement de notre quête laisse place à d’autres projets, peut-être pourrais-je renouer avec d’anciennes envies ?

A tous je vous souhaite une année aussi chanceuse que celle que nous venons de vivre, et rdv dans un an pour le bilan !

Poser les valises

Il y a une grosse semaine avec MonChéri on se faisait la réflexion que, ça y est, notre petite S. semblait avoir posé ses valises. Beaucoup plus sereine, beaucoup plus ouverte, beaucoup plus spontanée… comme si elle était enfin redevenue une petite fille insouciante.

Quand elle voit un autre enfant elle n’a plus peur, au contraire. Elle n’est plus dans l’auto-contrôle, elle ose faire de potentielles bêtises, mettre le bazar, exprimer ses désirs, se rouler par terre de mécontentement comme tout enfant de son âge… Elle papillonne autour de nous, vient chercher un bisou et repart à ses explorations, à ses jeux, vers ses copains…
Ses peurs ne sont plus envahissantes et plus vite rassurées, un simple regard suffit parfois.

Le sommeil est plus serein, il semblerait (*touche frénétiquement du bois*) que nous ayons trouvé une bonne recette : un sieste très tôt (endormissement en ma présence), qui permet d’être suffisamment reposée pour le reste de la journée mais suffisamment fatiguée le soir pour s’endormir, seule, tranquillement. Espérons que ça dure. Les nuits ça dépend, mais globalement les terreurs nocturnes sont plus rares et on se lève moins.

De façon très surprenante c’est arrivé d’un coup, alors que juste avant nous traversions une phase de grosses angoisses, de tests et de sommeil terrible, mais je crois que cette période a été le déclencheur chez moi d’une attitude plus sereine et d’une plus grande confiance en moi : « je suis sa mère, je connais ma fille, on va se sortir de là ».

Nous savons qu’une difficulté pourra faire réapparaître son insécurité, alors on croise les doigts pour que la tentative prochaine de la faire garder ne sera pas trop angoissante pour elle, on espère que les vacances prévues en début d’année ne la chambouleront pas trop, que la reprise du boulot de MonChéri après ces congés ne la feront pas « replonger »… mais il faut y aller et y aller confiants, tout ça ce sont des apprentissages et des étapes nécessaires pour encore mieux se construire. En attendant on se réjouit de voir notre petite fille aussi épanouie !