Où l’on se demande ce qui passe par la tête des gens…

Sondage : qui serait prêt à envisager de donner à son enfant le prénom d’un enfant mort dans son entourage quelques années auparavant ?

Avec toutes les naissances cette année autour de nous, une de mes angoisses étaient qu’on nous « pique » un prénom de notre liste. Mon regard était tourné notamment vers le cousin de MonChéri, car vu le prénom du premier je savais que nous avions les mêmes goûts. J’avais même imaginé pire, sans pour autant m’attarder sur cette idée, non, ils n’oseraient quand même pas donner à leur enfant le prénom de notre tout-petit…

« Il s’appelle L. »

Personne n’a voulu nous l’annoncer d’ailleurs, il a fallu qu’on aille chercher l’information, parce que quand même, il était prévu pour décembre, on était en droit de penser que le 10 janvier cet enfant était né !
Parait que quelqu’un a même tenté de les faire changer d’avis.

« Il s’appelle L. » et je n’arrive même pas à leur en vouloir d’avoir tant aimé ce prénom, moi qui regrette de ne pas pouvoir le prononcer à voix haute à longueur de journée, moi qui n’arrive pas à vibrer, pour aucun prénom (de garçon) de notre liste, autant que pour celui-ci.

Mais quand même. On ne se voit pas si souvent, mais on se voit. Comment pourrais-je supporter maintenant ces réunions de famille où le petit L. , bien vivant, qui sera là, ne sera pas le mien et viendra souligner plus encore l’absence de mon fils. Son prénom est l’un des rares signes « visibles » de son existence, il y a quelques photos, deux-trois objets souvenirs, mais surtout il y a son prénom, dans notre livret de famille, et dans l’esprit de tous, ou au moins de certains… Et maintenant, que va évoquer ce prénom pour eux ? A qui vont-ils penser ? Quand on sait combien il est difficile de faire exister un enfant décédé aux yeux des autres.

« Il s’appelle L. » , j’ai déjà trop souvent l’impression qu’on nie l’existence de mon enfant, mais là c’est pire que tout…

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5 ans, douleur et espoir

Hier soir, tard, yeux grands ouverts dans mon lit, je me suis dit qu’il fallait que je me fasse une raison : les nuits du 8 au 9 décembre ne seront jamais bonnes. Comme cinq ans plus tôt j’ai donc peu dormi.
Je me suis levée avant le réveil, quand je suis sortie de la douche il était 08h08, alors j’ai souri, puis j’ai pleuré.
Je n’ai pas avalé grand chose au petit dej, on s’est préparé (j’ai enfilé cette robe-pull noire que je portais en début de grossesse et que j’aime tant, juste pour les bons souvenirs) et on est parti. Il fallait que le Noël de notre OAA tombe ce jour-là…

Et quelle bénédiction ! Je n’ai pas eu le temps de penser à ma douleur tant cette journée a été intense et riche en informations. Les derniers adoptants (adorables) étaient là, avec leur merveilleuse petite fille, et ils ont répondu à toutes nos questions et nous ont donné un milliard de conseils.
« Alors c’est vous les prochains ?! » Si seulement, si seulement, on espère, on espère tant…
« Tenez-vous prêts » rien n’est sûr : troubles politiques et élections à venir, mais peut être que les adoptions ne seront pas impactées, d’ailleurs un autre couple vient de partir, pour un enfant plus grand, mais malgré tout « Tenez vous prêts, il ne faudrait pas que vous soyez surpris, voire paniqués si on vous appelle, comme certains pour qui l’attente rend tout tellement abstrait qu’ils sont pris de cours quand ça arrive ! ».
On est prêts, tout est prêt. Alors prions pour un gouvernement sympa tout là-bas, pour que tout ça ne soit pas faux espoir, pour ne pas avoir rendez-vous avec la petite cuillère qui ramasse, trouvons le juste équilibre entre espoir et raison, voire protection…

5 ans sans notre fils et une « drôle » de journée, entre douleur diffuse et espoir qui infuse.

Mon tout petit, mon petit L., j’aime à croire que tu nous aides. Je t’aime. Tu me manques… 

La douleur

Elle aura mis du temps à arriver, je ne m’en plains pas. Chaque année elle me laisse un peu plus respirer. Mais chaque année elle reviendra.

Hier soir chape de plombs sur mes épaules, aujourd’hui ça va un peu mieux, mais quoiqu’il en soit le 9 décembre approche.
Il y a cinq ans j’y croyais encore, je me disais qu’ils ne trouveraient rien à l’amniocentèse, que toutes ces petites choses que nous voyions aux échographies ne seraient que de simples particularités, qu’après tout si nous faisions passer des IRM du cerveau à tout le monde on trouverait chez certains de telles petites particularités sans conséquences. Mais ils ont trouvé.
Il y a cinq ans nous allions vivre les pires instants de notre vie.

Quelles conséquences aujourd’hui ? Qu’est ce qui a changé ? Je crois que ce serait trop long à énumérer, tout mon être a été remanié. Je le disais d’ailleurs à l’époque, quand il a fallu se reconstruire : « quitte à être détruite, autant aller au bout des choses, finir de tout casser, pour pouvoir se reconstruire entièrement sur des bases saines ». J’y suis allée à la masse, dans mes angoisses les plus lourdes et les plus secrètes, j’ai jeté des pavés dans les mares, soulevé des secrets de famille…

Aujourd’hui j’ai cette sensation paradoxale, celle d’être invincible autour d’une faille terrible. Achille et son talon, Superman et sa kryptonite, au choix.

Invincible, j’ai survécu, je me suis relevée, je me suis reconstruite, je suis solide… après ça je n’ai plus peur de grand chose, je me sais capable d’affronter des épreuves terribles (bon soyons honnête j’aimerai quand même éviter de revivre l’horreur quelle qu’en soit la forme et en écrivant ça je touche frénétiquement du bois), après ça les petit tracas de la vie n’ont plus la même emprise. Oui invincible, les pieds bien ancrés au sol contre vents et marées, je ne dis pas que tout va bien toujours mais je m’accroche et je rebondis, je sais que j’ai les ressources pour affronter les difficultés, je me connais, je connais aussi mes limites et les moments où j’ai besoin d’aide et, ça peut paraître étrange, mais savoir demander de l’aide c’est aussi une force. Je sais que je suis capable.

Fragile parce que mon fils est mort, pour le restant de mes jours il y aura ce manque, pour le restant de mes jours je serai une maman endeuillée, parce que ce pan de ma vie ne disparaîtra jamais, il a existé, je l’ai vécu.
Fragile parce que je vois bien que cette épreuve m’a marqué au fer rouge, qu’aujourd’hui je sais la fragilité de la vie, qu’aujourd’hui me projeter, anticiper, reste parfois difficile. J’ai regagné pas mal de notion du temps (sans réfléchir j’arrive à me situer dans le temps, à dire à quelle saison et généralement quel mois nous sommes, oui oui, c’est quelque chose que j’avais perdu) mais demandez moi ce que j’ai de prévu aux prochaines vacances voire le weekend prochain je vous répondrais « houla mais c’est loin ça ». Qui sait où il sera demain ?
Oui tout ça peut avoir des côtés positifs, connaître la fragilité de la vie c’est mieux en profiter, ne pas anticiper c’est vivre au jour le jour, souvent c’est une force, parfois c’est un handicap ou tout du moins une différence, et c’est dans ces moments de la vie de tous les jours qu’on se souvient pourquoi, pourquoi on ne sait plus, pourquoi on se sent en décalage.

Mon fils est là, tous les jours, et sa mort aussi. Ma souffrance s’envole avec le temps, mais les souvenirs restent…

4 ans

Et dire qu’il aurait du y avoir un petit bonhomme de 4 ans auprès de nous.

Quel genre de petit garçon aurais-tu été ? La bouille de ta mère, ça oui, et le caractère de ton père à n’en pas douter. Vous auriez ri ensemble des mêmes bêtises, même dans mon ventre tu faisais des blagues…

La Vie peut être si cruelle.

Hier un grand oncle t’a rejoint, j’espère que tu l’as bien accueilli. Vu comme il aimait les gosses, j’aime penser que vous vous êtes déjà trouvé tous les deux et que tu as pris place dans ses bras.

4 ans sans toi. Tu me manques tellement.

Souvent je me demande si toi, de là-haut, tu sais si ton frère ou ta soeur est né(e), si tu le/la vois, si tu veilles déjà…
Tu veilles sur nous en tout cas, je te sais, je te devine derrière des petits signes du quotidiens.
Mon petit soleil ❤ 4 ans aujourd’hui…

Pas peu fière

Pendant notre premier parcours PMA, j’avais commencé un récit de nos aventures. C’était ma façon d’extérioriser tout ce par quoi nous étions obligés de passer, une sorte de journal intime sur PC. Après la mort de notre bébé je n’ai plus réussi à écrire de cette façon, mais j’avais encore besoin de poser mes mots/maux. Il m’a fallu trouver un autre support et c’est ainsi que ce blog a été créé.

Voulant écrire pour notre second enfant le récit de notre attente jusqu’à lui, il me fallait d’abord clôturer l’histoire de L. Alors j’ai repris et retravaillé mon texte, raconté la terrible issue de ma grossesse et tout ce que notre tout petit avait malgré tout changé dans nos vies. C’est un texte sans prétention aucune, dont le seul objectif est d’être là, pour nous, pourquoi pas pour notre futur enfant, pour faire exister un peu plus notre petit L. Il fallait que cette histoire soit posée quelque part. Il fallait que ce soit achevé avant notre déménagement, avant le nouveau départ qu’il nous offre.

Cet après-midi, un mois pile avant les 4 ans de la naissance de L. , à 14h14 (c’est l’heure affichée de la dernière modification), j’ai fini mon « travail ». Et je ne suis pas peu fière d’en avoir été capable.
L’heure je ne l’ai vu qu’après, mais elle est loin d’être anodine à mes yeux. Un signe évidemment (voir cet article ) 😉

J’avais à peine cliqué sur « enregistrer » que mon téléphone a sonné. C’était la nouvelle assistante sociale du service adoption qui rencontre chaque postulant du département depuis son arrivée parce qu’elle ne veut pas se contenter de lire des dossiers, nous avons donc rendez-vous avec elle à la fin du mois, le jour de l’anniversaire de MonChéri.

Et, parce qu’il y a des journées qui sont bonnes jusqu’au bout, notre super banquière nous a appelé ce soir pour nous dire que nous allions recevoir notre offre de prêt la semaine prochaine. Autrement dit, si le vendeur est ok, nous pourrions emménager dans notre nouveau chez nous bien avant la date prévue !

soleil petit [Résolution de l'écran]

La délicatesse

La délicatesse, je suis sûre que ce simple mot évoque quelque chose en vous, une personne, une situation… Que ce soit une infirmière qui sait toujours se montrer infiniment délicate avec vous ou qu’au contraire vous ayez vécu une situation douloureuse où vous vous êtes demandé où était passé le tact (et l’intelligence) de votre belle soeur…

Hier j’ai vécu les deux en l’espace de quelques heures.

Hier nous avions rendez-vous à la banque. Notre banquière, on la connaît depuis plusieurs années maintenant, on l’appelle par son prénom, souvent un tutoiement lui échappe, et on rigole toujours bien tous les trois. Notre banquière, je la croise maintenant toutes les semaines en emmenant l’un des garçons que je garde à son activité. Et notre banquière jamais jamais jamais mais vraiment jamais, ne nous a demandé « et alors vous c’est pour quand ? Vous êtes mariés, vous êtes propriétaires, faut faire un gamin maintenant ! ». Jamais.
Du coup je n’appréhende jamais un rendez-vous à la banque parce que je sais que le sujet ne sera jamais abordé.

Notre banquière a eu notre livret de famille entre les mains il y a quelques années quand nous avons fait racheter notre prêt par « sa » banque. Je me suis toujours demandé si elle avait tourné la page « époux-épouse » ce jour là, si elle avait vu la page « 1er enfant », je me suis toujours douté que oui vu que jamais le sujet de la maternité n’a été abordé. Hier elle a du reprendre notre livret de famille, refaire des photocopies, j’ai maintenant la certitude qu’elle le sait, j’ai aperçu la photocopie.

Vous me direz peut être que pour vous la délicatesse aurait été qu’elle nous présente ses condoléances, qu’elle nous dise un petit mot gentil. Mais moi cette réaction me va tout à fait. Je continuerai à aller à la banque sereinement, parce que je sais que là bas je n’aurai jamais à devoir entendre une question douloureuse, je sais qu’elle n’abordera pas le sujet tant que nous ne le ferons pas, et je suis certaine que le jour où nous lui demanderons de débloquer notre épargne pour aller au bout du monde, là elle se montrera encore infiniment délicate en nous disant qu’elle est très heureuse pour nous après tout ce qu’elle aura deviné de notre vécu.

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Et puis nous sommes rentrés chez nous, ma belle-mère était invitée pour le repas. A table elle nous parle de sa voisine à qui on vient d’annoncer que son fils de deux ans allait mourir : « Non mais t’imagines toi ! On t’annonce que ton enfant va mourir ! T’imagines ! »
MonChéri et moi avons répondu en même temps : « oui, oui, on sait bien ce que ça fait oui… ».
« Ouais mais le sien elle l’a élevé pendant deux ans ! »

Maudites fins d’années

Boulot, cartons, paperasse, rdv de MonChéri… le quotidien est bien rempli, l’avancée des projets fait du bien.
Oui mais.
Mais il a fallu se rendre à l’évidence : un couvercle d’occupations nombreuses n’est pas étanche. Il y a quatre ans j’étais enceinte.
Cette année j’ai réussi à passer un été serein et j’étais contente de cette évolution mais les mois avancent et les émotions remontent et s’imposent à moi. Les montagnes russes, l’espoir, l’attente, l’horreur… quand je repense, quand je revis, je me demande encore comment j’ai pu survivre à une telle violence.
Un 3,5 tonnes lancé à pleine vitesse qui vous percute, c’est ça la perte d’un enfant. On meurt. Psychiquement on meurt.

Maintenant on ment. Je passe mon temps à mentir, à répondre « pas encore » quand je pense « pas vivant » quand on me demande si j’ai des enfants. Parce que je ne veux pas voir la réaction des gens, parce que l’horreur qui apparaît dans leurs yeux me ramène à chaque fois devant mon 3,5 tonnes. D’ailleurs quand je finis par confier la vérité à quelqu’un qui devient assez proche pour la connaître, je ne le/la regarde pas.

Il est pourtant tellement présent, notre fils.

Comme l’année dernière je fais de la rétention de larmes et je vis donc de nouveau avec une sensation quasi constante de boule dans la gorge. A chaque fois que c’est sur le point de venir je me bloque parce que « ce n’est pas le moment ». Avant je ne savais pas faire, me retenir, j’aurais mieux fait de ne pas apprendre.

Cette année, pour son anniversaire, nous ne serons plus dans cette maison qui a vu le miracle se produire et le pire arriver. Et ce n’est sans doute pas une étape si anodine que ça…

Entre deux coupures…

Je profite d’une miraculeuse connexion internet ( « Dieu sait » combien de temps ça durera – merci les intempéries) pour donner quelques nouvelles !

Le pique-nique annuel de notre OAA a eu lieu, nous avons vécu :

– Une belle journée, du soleil, de la bonne humeur et de l’amitié.
– Une bonne nouvelle : une autre adoption en cours dans le pays A, un enfant de 7 ans.
– Des soupçons sur une probable proposition faite à un couple (mais peut être qu’on se fait des films) (d’ailleurs les jours passent et pas de nouvelles, alors peut être qu’on se fait VRAIMENT des films).
– L’admiration devant les derniers enfants arrivés.
– L’émotion de savoir que notre dossier a été déposé dans le pays A par les adoptants de ce début d’année, une belle symbolique !
– Des souvenirs : l’année dernière nous venions de passer notre second entretien, celui qui a précédé le « oui » de cet OAA.
– La réception d’un nouveau questionnaire « besoins spécifiques » à remplir suite à des modifications attendues, l’occasion d’y réfléchir encore, d’affiner…
– De l’espoir.

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Petit point déménagement :

Nous avons enquêté sur cette maison, nous étions relativement conquis mais comme je me doutais il va certainement falloir faire le deuil d’un achat avant la vente : le prêt repéré par MonChéri s’apparentant au prêt relai que nous voulons absolument éviter.
MonChéri est tout dépité, il voulait vraiment se laisser le temps de trouver « la bonne » avant de mettre en vente pour s’épargner de la paperasse, une location et une multiplication de déménagements.
Je crois que j’ai réussi à dédramatiser la chose, des amis nous ont proposé une solution de logement intermédiaire tout à fait intéressante, d’autres l’ont encouragé, tant et si bien que MonChéri parle de mettre en vente « incessamment sous peu » (quand on pense qu’il y a quelques mois encore il me disait « dans 4-5 ans ») !


Pour finir, il y a 4 ans exactement aujourd’hui nous ouvrions de grands yeux devant un taux à trois chiffres. Quelques secondes plus tard je sautais de joie ( « arrête tu vas le décrocher ! » ) à travers toute la maison puis nous claquions la porte pour aller fêter ça au resto ( « sans alcool pour madame ! » ). Nous étions prudents mais fous de bonheur, bien décidés à profiter à fond de la moindre petite miette qui nous était donné.
Comme nous avons eu raison.
Qu’aurait-on pu garder sinon de ces six mois…

Rencontre avec ma nièce

Hier soir nous sommes allés voir ma belle soeur, c’était la première fois que je voyais la petite… et ça s’est bien passé. Je me suis rendu compte que, prise dans les douleurs et l’appréhension, j’en avais oublié quelque chose d’important : je suis tata, encore une fois, et ça c’est plutôt chouette.

J’ai eu la petite dans les bras une bonne partie de la soirée, je lui ai donné son biberon, sans avoir de gros pincement au coeur. Je crois pouvoir dire que ça aurait été plus difficile si elle avait été un garçon, le hasard a bien fait les choses.

J’ai pensé à mes enfants. J’ai eu du mal à croire que mon petit L. était encore plus petit tant un nouveau né à terme parait déjà minuscule, il est parfois difficile de se souvenir… J’ai comparé, le nez, les cheveux, des petits détails… J’ai pensé à mon futur enfant en souhaitant qu’à l’âge de cette petite puce il ait aussi quelqu’un pour prendre soin de lui, le nourrir, le tenir au chaud… J’ai beau savoir que le chemin qui l’amènera dans nos bras sera forcément fait de ruptures, j’espère toujours pour lui que sa vie jusqu’à nous soit la plus douce possible.

Ce matin ma belle sérénité de la veille s’est un peu fissurée. Encore une fois je me demande pourquoi nous n’avons pas eu droit à la simplicité dans notre parcours ? Pourquoi ce chemin harassant nous était-il destiné ? Un jour nous aurons notre enfant dans les bras et la réponse sera sans doute là, mais en attendant tout n’est pas si simple.
J’aimerais être dans la dernière ligne droite, savoir que l’attente est sur le point de se terminer. Ou alors j’aimerais que nos projets du moment nous fassent totalement oublier ce désir, cette attente…
Mais il nous reste 3, 5, peut être 7 ans à attendre, et on ne peut oublier son enfant, même lorsque celui ci n’est encore qu’un désir. Comment oublier ce qui est devenu notre quotidien depuis maintenant 8 ans : l’espoir de devenir une famille ?

Un jour, un jour…

Malgré tout ça va. Je ne sais pas si c’est l’effet yoga mais ces derniers jours je me sentais plus apaisée, aujourd’hui n’est qu’une petite fissure, je suis curieuse de voir ce que donnera la prochaine séance.

Le regret

Trois articles en trois jours, voilà bien longtemps que je n’ai plus eu un tel rythme.

La visite à la maternité de MonChéri s’est bien passée, il vit bien les choses. Moi je suis heureuse d’avoir été épargnée. Plus que le reste, je sais que les visites à la maternité sont difficiles pour moi, même seulement en les imaginant. Les proches qui défilent, heureux, les présentations, les félicitations…
Je n’ai pas eu ça, mon fils n’a pas eu ça, et je crois que si je le vis si mal c’est parce qu’il y a là mon plus gros regret sur ce qui a entouré la naissance de mon enfant : je regrette de ne pas avoir proposé à nos proches de venir voir L.
Je me souviens y avoir pensé à ce moment là, avoir hésité, et avoir laissé tomber l’idée pour je ne sais quelle mauvaise raison.

Si on me demande, je dirais qu’il y a d’autres choses que j’aurais voulu autrement : qu’on m’amène mon fils juste enveloppé dans un drap plutôt qu’habillé pour que je puisse découvrir son corps en entier, avoir plus de photos, le garder un peu plus longtemps…
Difficile dans le terrible choc que représente la mort de son enfant de savoir ce qui sera important pour plus tard, même en ayant, dans notre cas, quelques jours pour s’y préparer. Mais ceux là ne sont que de petits regrets avec lesquels je vis bien, j’ai pu voir le corps nu de mon fils en photo, j’ai des photos grâce auxquelles j’ai pu avoir un magnifique portrait au crayon, et je n’ai pas eu mon fils longtemps dans les bras mais j’ai pu lui dire tout ce que j’avais à lui dire.

Mais nous seuls avons vu notre enfant, nous n’avons pu le présenter à personne. Certes le défilé n’aurait pas été heureux, mais son existence aurait été plus concrète pour nos proches. Ils auraient pu lui dire bonjour et au revoir. Peut être que parler de lui aurait été plus facile ensuite. Peut être qu’il aurait été moins oublié.
J’expliquais ça à MonChéri hier, combien les oublis me sont douloureux, que ce soit à sa date d’anniversaire ou lorsque vient le temps de « faire les comptes ». J’appréhende le moment où j’entendrais ma BM dire qu’elle a « deux petits enfants, des filles, pas de garçon ».

Vivement que l’effervescence autour de cette naissance soit passée, savourons l’idée que les fêtes de fin d’années ne soient pas pour tout de suite…