Des airs de déjà vu

Hier soir j’avais un peu le blues.
« Le blues… Mais pourquoi donc ? » me suis-je demandée.

Parce qu’on était samedi déjà. MonChéri bossait, j’ai passé la journée seule, à ruminer. Le samedi c’est un peu la journée qui symbolise le vide et l’attente. Ceux qui ne travaillent pas sont en famille, s’occupent des enfants… pour moi c’est une journée de rien, mais pas du rien agréable, du rien repos qu’on apprécie, non, juste du rien.

Parce qu’autour de nous les gens font des enfants, sans vraiment s’en rendre compte, comme ils vont acheter le pain (comment ça j’exagère, je fais ce que je veux, c’est mon blog), c’est simple, naturel, prévisible.
Simple. Prévisible. Ca n’existe même plus dans mon vocabulaire.

Parce qu’encore une fois on a beau expliquer, une fois, dix fois, mille fois, tu te rends compte que les gens ne comprennent pas, ce qu’est un pupille, un enfant venu de l’étranger, leurs différences, l’attente pour l’un, l’attente pour l’autre. Et comme MonChéri qui est à deux doigts de faire un schéma à chaque fois qu’on lui dit « on ne sais jamais » (grossesse) pour expliquer en quoi « si si on sait », dans ces moments là j’ai envie de sortir un papier et un crayon. Puis je réfléchis, et je me dis que c’est normal, que nos proches font aussi avec leurs espoirs et leurs projections, et je m’en veux de leur en vouloir.
Surtout que quand je discute avec d’autres je réalise tout ce que nos proches ont intégré malgré tout. Parce que quand tu expliques la situation pour la première fois à quelqu’un et qu’on te réponds : « Tant d’attente !! Mais ce n’est pas normal !! » tu te demandes comment les gens viennent à penser qu’on te fait attendre par sadisme, j’oublie que dans l’esprit de tous il y a un bon stock d’enfants malheureux sur terre, et qu’il suffirait d’aller se servir. Alors tu ré-expliques, la notion d’enfant adoptable, leur faible nombre comparés à tous ceux qui, comme toi, attendent… (de moins en moins aussi cela dit, nous avons eu les chiffres de notre département pour l’année 2018, les gens savent que l’adoption est difficile, beaucoup renoncent, il y a de moins en moins d’agréments en cours, plus de refus aussi, le nombre de pupille est stable, quant à l’international… une seule adoption chez nous pour 2018, contre 4 l’année d’avant…).

Bref l’attente, les hauts, les bas.
Quand nous sommes arrivés fin janvier je me suis dit « un mois de passé, nos chances d’être appelés sont de plus en plus grandes chaque jour », et puis à force de lire et relire les témoignages des adoptions passées de notre organisme, j’ai noté que la très grande majorité avait été appelée en fin de mois (facile d’en conclure que la commission adoption de tout là-bas se réuni chaque fin de mois). Alors l’attente change de visage et je vais me retrouver comme dix ans plus tôt à espérer quelques jours par mois pour probablement m’effondrer ensuite, passer par une phase neutre, espérer de nouveau… Finalement, est-ce que ce n’est pas mieux parfois d’en savoir moins ?

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22 réflexions sur “Des airs de déjà vu

  1. Vaste sujet…il faut du recul, toujours prendre du recul…facile à dire !
    Personnellement je préfère savoir, ça m’aide à me positionner, plutôt que de pédaler dans la semoule avec des « si…. »
    Comme tu le sais peut-être l’adoption n’a jamais été dans nos projections, et quand je vois le parcours que cela représente, ça plus la PMA, laisse tomber, on n’a pas les bras.
    J’espère que tu trouveras un début de réponse à tes questions.
    Bien amicalement, comme d’hab. 😉

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    1. Moi aussi globalement je préfère savoir, d’autant que ça faisait partie des questions que je me posais, j’ai eu ma réponse, très bien… mais je comprends mieux aussi pourquoi notre organisme prend le parti lui de ne pas trop en dire, c’est à double tranchant.

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      1. Non je dirais plutôt pour ménager tout le monde, éviter les phases trop importantes d’espoir/désespoir, laisser les gens le plus possible dans une phase neutre. L’adoption internationale est tellement fluctuante qu’ils ne peuvent rien nous promettre, on le sait bien.

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  2. Courage, je connais ces montagnes russes émotionnelles et cette sensation de vacuité… je ne connais pas de remède miracle pour les faire cesser (à part se distraire avec autre chose… mais encore faut-il trouver LA ou LES activités efficaces !) mais je peux te garantir qu’une fois ton enfant arrivé, les souvenirs de ce parcours ne seront plus douloureux… on n’oublie pas, mais on a un ressenti différent.

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    1. Vivement !
      Et oui c’est là mon problème, je n’arrive pas à trouver ce qui pourrait efficacement combler mes samedis (et autres temps libres), enfin ce que je sais pouvoir être efficace n’est pas réalisable…

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      1. loool pour les dauphins, non moi c’est au club canin que je voudrais traîner mais mes deux mamies chiens ne me suivront pas (et pour mon homme il est hors de question de prendre un troisième), sinon déménager ça m’avait super bien occupé et j’ai adoré visiter des maisons tout ça tout ça, mais bon on va peut être pas faire ça tous les ans !!

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  3. C’est un peu comme si cette attente et cette incertitude créaient une sorte de brouillard qui rend plus difficile d’accès tout le reste et demande beaucoup d’énergie pour avancer malgré tout sans savoir où on met les pieds. En tout cas quand je repense à mes années d’attente, c’est comme ça que je les ressens.
    J’espère qu’un joli soleil va bientôt venir éclairer tout ça. Le printemps c’est une bonne saison pour (y) voyager 🙂

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    1. Oui c’est ce que je ressens aussi, j’ai l’impression que ça me pompe une énergie de fou, que tout me demande un effort supplémentaire. Quant au voyage, on se prévoit des we en amoureux prochainement, mais notre budget on le garde pour l’adoption, donc pas de grands voyages possible.

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  4. Je te comprends. On vit une partie de ton attente avec les mêmes sentiments. Par contre, si tu veux occuper tes samedis, devient maîtresse, si tu veux, ou alors, je t’envoie une partie de mes prépas à faire, et un bon paquet à corriger. Donc, ici, nul ennui à tromper, nulle attente vide, mais une attente douloureuse quand même. Une attente inutile qui fait pousser les rides et la rancoeur. Et comme on se le disait encore hier soir, si au moins on savait quand, ou si on avait une certitude d’être un jour parent, cette attente serait très positive. Comme l’attente du Père Noël quand on était enfin.
    Peut-être peux-tu imaginer tout ce que tu n’auras pas le temps de faire la première année de ton adoption et noter ces mille et unes attentions que tu peux t’offrir sereinement. Un bain, un soin des pieds, relire les vieux bouquins que tu as aimés ado et jeune adulte, écrire à quelqu’un, aller voir des gens, ou faire comme nous hier soir, danser et chanter à tue-tête sur toute notre jeunesse et adolescence…J’ai adoré dansé mes 15 ans, mes 19, mes 30 et chanter, me faire de stresses comme avant… Et ce matin, j’ai adoré traîner au lit jusqu’à 11h avec un vieux bouquin et mes chats, en écoutant la tempête au dehors.
    Bisous. Je te souhaite l’attente la plus constructive et emplie.

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    1. Je me souviens avoir dit un jour au début de notre parcours PMA « si seulement on avait la certitude, et une date, peu importe l’attente si on sait que tel jour nous serons parents », ne pas savoir est effectivement le plus dur.
      Et souvent on fait des trucs en se disant « profitons en, nous ne pourrons plus après, ou pas avant longtemps ».

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