Et les enfants ?

Nous sommes tonton et tata de 8 enfants (bientôt 9).
Souvent je me demande quelle image ils ont de nous, quel genre de tonton/tata sommes nous pour eux, quel degré de conscience ont-ils de notre situation, d’infertiles, de par’anges, en seront-ils marqués ? Et l’adoption, qu’est ce qu’ils en savent, qu’est ce qu’ils en pensent ?

Les plus grands (et je compte un peu parmi eux ma petite sœur qui a dix ans de moins que moi et qui était donc très jeune quand tout ça a commencé) ont grandi avec notre infertilité, avec « Choco et MonChéri » qui faisaient des examens, des FIV, des inséminations… Ils ont grandi en sachant ce qu’était un don de sperme, ils ont vécu ma grossesse et la perte de leur cousin/neveu.
Les « moyens » ne nous aurons même connu que comme ça (j’ai pleuré sur le dernier de ma soeur à un jour de vie à la maternité, c’était juste avant notre 3ème FIV, vous comprenez pourquoi je ne fais plus de visite à la mater depuis…) mais en auront peut être moins de souvenirs. Ils garderont peut être de tout ça surtout le côté « adoption », comme les plus petits, nés après L. , qui n’ont pas encore conscience de tout ça.

Quelle influence tout cela aura-t-il sur leur vie future ? Quelle vision de la maternité, de la parentalité ?

La situation n’a jamais été tabou, grands comme petits ont entendu, entendent, les discussions. Jusqu’à présent tous devaient sentir combien la situation était douloureuse et ils ne nous posaient pas de questions à nous (aux parents la charge de répondre ensuite) mais avec l’adoption, l’espoir et la projection qu’elle apporte, le sujet se fait moins pesant et les langues commencent à se délier. C’est encore timide, j’attends la suite avec impatience (même si, vous le verrez, ce n’est pas toujours très heureux) !

Pour les grands de ma soeur, ça sera tout simplement « trop cool » quand le cousin ou la cousine sera là, ils ont déjà bien pris conscience que cet enfant arrivera avec son histoire, que s’il arrive jusqu’à nous c’est qu’il y aura eu une rupture en amont. Le troisième de six ans a fait un peu de « géographie » cet été avec ma mère et est fasciné par l’idée que notre enfant pourrait arriver du bout du monde. La notion de temps (et surtout l’incertitude du « quand » ) est difficile à appréhender.

Difficile aussi cette notion de temps pour la nièce de MonChéri qui a le même âge, mais de son côté, sa grande inquiétude, c’est surtout la couleur (les autres s’en tapent complètement que leur cousin soit noir, vert ou bleu) :
« Mais elle va avoir la peau marron ? Moi je n’aime pas, je préfère la peau beige ! Pourquoi vous prenez un enfant avec la peau marron ? » (notez que pour elle ce sera une fille).
Oh je ne m’inquiète pas, les mots qui sortent de sa bouche ne sont que ceux de sa grand-mère (dont on connaît déjà bien les idées sur ce point), quand la demoiselle aura un cousin ou une cousine avec qui jouer elle oubliera bien vite la couleur. Mais en attendant on en discute et on montre des photos (tant à la petite qu’à la grand mère d’ailleurs).


Sinon j’ai eu des nouvelles de l’OAA, rien de neuf, ni en bien ni en mal (ce qui est déjà en soi une bonne nouvelle). Le deuxième adoption de l’année (habituelle mais qui ne peut pas être considérée comme systématique) n’a donc pas (encore) eu lieu (essaie de bien vivre la fin d’année avec ça).

Nous avons été tenté par l’appel à dossiers de l’AFA pour le Togo (si ça vous intéresse dépêchez-vous, il faut envoyer le courrier demain) mais, après réflexion, on s’est dit qu’on était déjà bien chanceux avec nos trois dossiers en attente et que s’éparpiller de la sorte ne serait pas forcément une bonne idée. Notre soucis principal maintenant c’est l’attente, pas de trouver des pistes…

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Encore une rentrée

J’ai repris le boulot depuis deux semaines, et tout va bien.

C’est peut être même la rentrée la plus sereine que j’ai jamais vécue.

Je me prends à apprécier cette fin d’été, ce moment où les journées ensoleillées et chaudes permettent encore un verre en terrasse mais qu’une fraîcheur vivifiante vous cueille le matin et vous pousse le soir à rejoindre la couverture du canapé, tout contre l’homme.

Quand je repense à toutes mes rentrées d’écolière, à la boule au ventre, à l’impression d’aller l’abattoir… et que je compare avec cette rentrée, je remercie la Vie d’être devenue adulte et libre de mes choix (l’enfant que j’étais et qui a longtemps attendu ce moment pousse un soupir d’aise). Et je remercie ma psy aussi, parce qu’il m’a fallu cette thérapie l’année dernière pour finir de poser les armes.

Poser les armes et quitter l’immobilisme. Vivre autrement que figée. Prendre du temps (vous ne ferez jamais de moi une hyperactive non plus) mais être aussi en action. Faire. Vivre.

Revers de la médaille : quand on quitte l’immobilisme alors qu’on est aussi « en attente de… » c’est légèrement frustrant. Je crois que MonChéri aimerait bien qu’on ait un enfant avant que je m’attaque malencontreusement à un mur porteur (et moi j’aimerais qu’on en ait un avant qu’il dilapide notre compte en banque dans l’achat de doudous).

Je crois que c’est ce qu’aurait pu contenir, entre autre, le mail que j’ai écrit à notre OAA dimanche dernier si je n’avais pas choisi d’en faire une version non déespérée zen.
Depuis j’ai une légère crispation du doigt sur le bouton d’actualisation de ma boite mail, mais pas (encore) de réponse…

Fin des vacances

Nos 15 jours d’escapade sont terminés, MonChéri a repris le boulot, moi il me reste encore quelques jours.
Le retour n’a pas été si difficile, sans doute l’effet nouvelle maison, maison que j’ai eu plaisir à retrouver. Nous peaufinons l’aménagement intérieur et commençons l’extérieur, c’est dire si on a bien avancé !

Durant toutes les vacances, notre futur enfant a été plus que présent dans notre esprit : « Il faudra revenir ici quand il ou elle(*) sera là, refaire ça et ça… on ira dans un camping avec piscine… on fera des châteaux de sable ! « .
J’ai « perdu » plus d’une fois MonChéri dans les rayons enfants des magasins, je dois même le raisonner : doudous, coffres à jouets, décorations de chambre (…) lui font de l’œil, rassurez-vous je ne le brime pas non plus, nous sommes revenus avec des jeux !

Oui ces vacances ressemblaient à des « dernières vacances sans enfants » , et pourtant… et pourtant… loin de nous les certitudes.

A la rentrée j’enverrais un mail à notre OAA, savoir si ça a bougé.

Autour de nous les accouchements ont commencé. Un garçon hier, une fille aujourd’hui, personne ne nous a « piqué » de prénom, tout va bien (juste un peu ri jaune face au message qui dit que « mes parents m’ont attendu très très longtemps » quand je sais que ce n’est absolument pas le cas, mais je crois que là ça évoque plutôt la longueur de l’accouchement).
Du côté de mon frère ce sera un garçon. J’ai eu un peu de mal à encaisser au départ – de nous deux, à la base, c’est moi qui devait avoir le garçon – mais c’est passé.

(*) Avec MonChéri on se taquine, l’un disant que ça sera une fille, l’autre un garçon. En vrai on s’en fout, mais ça fait du bien aussi de jouer à ce jeu là…
Même que parfois on en parle en le/la nommant par un prénom potentiel…
Et j’ai aussi une terrible tendance à calculer ma « dpa » (ou devrais-je dire « dpd » date prévue de départ et « dpr » : date prévue de retour) : « si on nous appelle maintenant ou à tel moment, on partirait vers telle date et on reviendrait vers telle date ».

Une « grossesse » comme les autres… à quelques détails près.

La loi des séries

8.

C’est le nombre de bébés à naître dans notre entourage entre maintenant et février prochain. Nous avons eu deux annonces supplémentaires depuis mon frère. Des cousins, des cousines, qui viennent s’ajouter aux autres cousins et aux collègues…

Tout le monde nous annonce ces grossesses avec une tête d’enterrement, tout le monde appréhende notre réaction, mais il se trouve que les annonces ne me font plus grand chose. Pas rien. Mais plus grand chose, et à chaque fois je me dis surtout que ça fera un cousin ou une cousine de plus pour jouer avec notre enfant, et ça c’est cool.

Ce qui passe moins ce sont les discussions autour de la grossesse. Je ne veux que les réponses à mes questions, si j’en pose, surtout pas plus, surtout pas les discussions entre femmes enceintes, surtout pas la fierté de l’entourage, surtout pas les longues plaintes sur les petits maux de la grossesse, surtout pas les récits des moments merveilleux avec les yeux qui pétillent…

Parce que ça me ramène trop à celle que j’ai vécu.

Et parce que ma frustration est énorme de ne pas avoir moi aussi mille choses à raconter sur notre « grossesse adoptive ». Nous n’avons pas d’échographie tous les mois et autres « symptômes » ou bébé qui bouge nous, au mieux avons nous une ou deux informations « croustillantes » tous les six mois que l’on rabâche jusqu’à la suivante, et les quelques préparatifs et projections qu’on s’accorde à faire nous cause autant d’angoisse (peur que ce soit vain) que de plaisir.
Oui c’est en ça que je les envie. La projection sereine, l’enthousiasme général, le partage…

J’ai bien essayé le « si ça se trouve ce sont nos dernières vacances d’été à deux » mais j’avais trop peur d’y croire alors j’ai laissé tombé.
Je continue juste à faire des appels du pied à MonChéri pour qu’il comprenne que quand je dis que je veux partir pour les fêtes c’est qu’il FAUT que l’on parte pour les fêtes, rapport au deuxième paragraphe de cet article…

A me relire je trouve cet article bien morose, rassurez vous ce n’est pas du tout mon état d’esprit du moment, je profite des vacances, je profite du soleil, de la famille, de MonChéri, et de savoir que côté boulot je suis tranquille pour quelques temps. Pour le reste « on avance un peu plus chaque jour » comme dit si bien MonChéri !

J’avais raison

Mon intuition était bonne, mon frère et ma belle-soeur sont bien venus annoncer une grossesse.
Et on a mieux réagi que ce que je craignais.
En espérant que ça n’arrive pas à retardement…
Je crois que l’espoir qu’on soit appelé avant la naissance me porte.
Mais si ce n’est pas le cas d’ici Noël je pense qu’on s’éclipsera pour les fêtes… Plus facile pour tout le monde.

Pour le moment le plus dur va être de tenir ma langue jusqu’à l’annonce officielle (parce que ma BS sait que dans ces cas là je préfère savoir avant l’annonce « en fanfare » ) alors que j’avais dit mes doutes à ma soeur et à mes amies (qui connaissent mon frère et ma BS) qui ne manquent pas déjà de me poser la question…

Attendre

Il y a quelques temps avec MonChéri nous écoutions Michel Berger, et celle ci on ne la connaissait pas…

Attendre attendre / D’être enfin ensemble / Mais comme c’est difficile / Comme le temps paraît long

Je ne suis pas dans une phase d’attente très sereine.

Je soupçonne une annonce prochaine de grossesse dans notre entourage. Si j’ai raison je sais qu’ils vont avoir beaucoup de mal à nous l’annoncer (et c’est c*n mais je m’en veux toujours un peu de cette culpabilité qu’ils portent), par peur de notre réaction, de tout ce que ça va raviver de l’annonce précédente, parce que depuis le temps ce « moi aussi » est devenu plus amer et qu’à moins d’un coup de fil bientôt nous ne pourrons pas renouveler cet incroyable moment (je vais tenter de faire des incantations autour du téléphone)… Aujourd’hui je doute : peut être que je me trompe, que j’appréhende tellement une telle annonce que je me persuade qu’elle va arriver, peut être parce que c’est l’anniversaire de l’annonce précédente (et ça c’est pas facile non plus)… bref si annonce il doit y avoir il y aura, et on se réjouira comme on peut parce qu’un enfant reste une bonne nouvelle, même si ça ne sera pas évident. Enfin j’espère surtout qu’on ne sera pas les derniers à l’apprendre par la gaffe de quelqu’un…

Et un truc tout bête : nous avons eu des échos assez effrayants au sujet de la nouvelle assistante sociale du service adoption qui semble se faire très vite une idée très arrêtée sur les gens qu’elle rencontre. Sauf qu’en se basant sur une rencontre d’une heure une fois par an… il me semble qu’on peut faire des erreurs… et quand je repense à notre rdv avec elle, j’ai peur… (c’est là qu’on se rend compte que notre OAA avec toutes ses rencontres nous connaît bien mieux que notre conseil départemental) (alors je vais persister à faire des incantations autour de mon téléphone).

Bon… après avoir tout posé ici ça va mieux, alors merci d’être là !

Et sinon ?

Quoi de neuf côté adoption ?
Bah pas grand chose.

Enfin si, nous avons enfin reçu la bonne version de notre mise à jour d’agrément post déménagement. Six mois après donc.

Nous avons pu donner le compte rendu en main propre à notre OAA à l’occasion du pique-nique annuel.

Le pique-nique ? J’en suis rentrée mi-figue mi-raisin. D’un côté le plaisir de voir les nouveaux arrivants, de discuter avec les parents… d’un autre le pincement au cœur, la sensation que le monde a avancé sans nous, se demander si un jour nous serons à la place de ceux que nous voyons changés par la parentalité, ceux qui ne sont plus dans l’attente, qui sont dans un autre monde… et quand ?

Quelle est dure cette attente…

Le jour où ils découvrent…

… que les couples homo sont discriminés en adoption.

Les médias découvrent, s’étonnent, s’insurgent, en font les gros titres, pointent du doigt la personne qui a tenu ces propos, comme si cette personne était « une exception ».

Mais là c’est moi qui m’étonne, le discours qu’a tenu cette personne est le même partout (ou presque), et tout le monde le sait. Enfin non, pas tout le monde visiblement, le monde de l’adoption.

La personne a été suspendue, pour « calmer les esprits » plus qu’autre chose probablement. Il n’empêche que beaucoup à travers la France doivent trembler dans leurs bureaux…

Ca peut faire bizarre dit comme ça mais je ne suis ni pour ni contre, parce que je crois qu’il n’y a pas à être pour ou contre l’adoption par des couples homo, parce que la distinction ne devrait pas être.
Je suis pour qu’un couple « mariés depuis deux ans ou ayant au moins 28 ans tous les deux » ait les mêmes chances qu’un autre couple « mariés depuis deux ans ou ayant au moins 28 ans tous les deux ». Pas un droit à l’enfant, non, il n’y a pas de droit à l’enfant, mais le droit de voir sa candidature étudiée de la même façon et placée dans la même « pile » que les autres.

J’entends que des parents homo sont considérés comme « à particularité » et que ça peut rendre l’adoption plus périlleuse (oui, il y a aussi des parents « à particularité » et pas que les homo). J’entends aussi que des parents bienveillants et solides valent mieux que des parents maltraitants ou absents, quelque soit leur orientation amoureuse. Et j’entends que le monde bouge et que ce qui est stigmatisé aujourd’hui le sera de moins en moins à mesure qu’on le fera « rentrer dans la normalité », et pour ça il faut parfois pousser au cuk (faute de frappe, mais j’ai trouvé ça joli alors j’ai laissé) de certains.

Je suis curieuse de voir ce que cette affaire va donner dans les jours/semaines/mois à venir. Si elle va être très vite étouffée ou si aux quatre coins de la France on va entendre des « nous aussi » qui vont grossir l’affaire, et surtout si, que ce soit bruyant ou non, ça va faire évoluer les pratiques des conseils départementaux.

Projection

« Et si c’était aujourd’hui ? »

Chaque jour la même question, jusqu’à ce qu’il soit trop tard pour espérer que quelqu’un nous appelle. Alors je change de refrain… « Et si c’était demain ? ».

Dernière pensée du soir, première du matin.

Nous sommes passés à une vitesse supérieure, sereinement, sans pour autant s’arrêter de vivre. Tout un tas de nouvelles questions pratiques nous traversent l’esprit (vivement la prochaine rencontre avec notre OAA, on a quelques questions « paperasse » ).
De nouvelles expressions sont apparues dans nos discussions : « ça se trouve on ne sera même pas là » (Noël, anniversaires…), « ça se trouve il n’y aura pas besoin » (rdv annuel avec l’AS du service adoption, courrier anniversaire, renouvellement…), on conjugue un peu plus au futur plutôt qu’au conditionnel quand on parle du pays, du voyage…
MonChéri est rentré un soir avec un livre sur le « pays A » et trouve dorénavant urgent de se plonger dans les Johanne Lemieux. Il a aussi prévenu le boulot (et le reste de la population qui nous entoure) que maintenant ça pourrait être n’importe quand… et pour au moins 16 semaines (voyage et congé adoption).

Moi côté boulot je m’interroge : je commence lundi (eh oui !), j’y reste jusque fin décembre voire janvier… J’ai beau espérer chaque jour, je garde quand même la tête sur les épaules, je ne suis pas du tout convaincue qu’on soit appelés cette année… mais ça reste possible. Alors, je préviens ou pas ?

Connexion neuronale

« Mais, s’ils en sont a appeler des gens qui sont derrière nous… ça veut dire qu’ils peuvent nous appeler nous à tout moment ! »

Aujourd’hui, 12h15, l’information de la veille est arrivée au cerveau de MonChéri.

(Rho quoi j’ai le droit de me moquer un peu !)

J’attends avec impatience de voir ce que cette « découverte » va déclencher chez lui dans les prochains jours !