Préparatifs

Que dire ? Je n’ai plus le temps de passer ici, on ne touche plus terre, dans tous les sens du terme, des listes de choses à faire ont envahi la maison et dès qu’on pense être arrivée à bout d’une, une nouvelle apparaît.
C’est grisant.
Chaque jour tout ça devient un peu plus réel, chaque jour nous rapproche d’elle.

Rdv avec notre OAA, revoir le protocole, le déroulé du voyage, leur dire combien on plane !

Rdvs médicaux… Des vaccins tiens, un dans chaque bras l’autre jour, hépatite A et rage. Ca fera des anecdotes rigolotes à raconter à notre fille, vous auriez vu la tête de MonChéri quand le médecin a sorti les piqûres (et en plus il va s’en prendre encore quelques doses car pas à jour de certains vaccins) !

Achats surréalistes : « Chéri… y’a des couches dans notre caddie… », rentrer dans des magasins dans lesquels on n’a plus mis les pieds depuis des années, avoir encore un peu de mal à s’y sentir légitime, mais regarder les ventres ronds qui le peuplent sans aucun pincement au coeur.

Des cadeaux… je crois qu’on a de quoi l’habiller avec une tenue différente chaque jour jusqu’à ses cinq ans sans jamais faire de lessive. Et la générosité incroyable des collègues de MonChéri qui nous offrent le plus beau des cadeaux : du temps.

Fêter la nouvelle : ça fait 15 jours qu’on ne mange plus chez nous les soirs, ou alors avec des invités.

Se préparer pour elle, reconstituer son histoire, construire le récit de ce qui l’aura menée jusqu’à nous, préparer les souvenirs…

Mesurer notre chance.

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Le jour de sa naissance

L’une des premières choses que j’ai cherché après l’Appel, c’est à savoir ce que nous faisions le jour de sa naissance. Merci le blog, j’ai eu ma réponse.
Ce jour là j’avais rdv chez l’acupunctrice. Je me souviens de cette séance. A cette période je n’allais pas très bien, nous venions de laisser nos dossiers à notre OAA pour qu’ils soient envoyés et nous nous retrouvions soudain avec plus rien d’autre que l’attente devant nous. Après des mois de mouvements, entre l’agrément, les courriers, les montages de dossiers… plus rien si ce n’est des questionnements sur mon avenir professionnel, sur moi-même, une maison qui me déprimait toujours plus… Mais ce jour là j’avais rdv chez l’acupunctrice et décidé de changer les choses. J’ai décidé d’entamer une thérapie, qui a changé ma vie, MonChéri avait fini par admettre l’idée d’un déménagement, qui a changé notre vie aussi.
C’est dingue de se dire qu’à des milliers de km de distance, le jour de la naissance de notre fille a été le déclic du début d’une nouvelle vie pour nous, et nous ne savions pas encore à quel point !

MonChéri aime dire autour de nous que notre fille a attendu, attendu que les travaux soient finis, que nous ayons la nouvelle voiture, une nouvelle carte bancaire pour voyager, et les conditions idéales côté boulot. En effet MonChéri n’ayant pris aucune vacances depuis l’été dernier il se retrouve avec ses cinq semaines + deux mises de côté lors de son arrêt pour son poignet + une semaine en heures supp… soit huit semaines en tout, soit la durée prévue du voyage. Initialement nous imaginions devoir faire une partie en « sans solde », et bah même pas ! Ensuite monsieur prendra les dix semaines de congé adoption, le pied ! Et moi ? Mon CDD prend fin, je pourrais prendre le temps d’accueillir ma poupette ❤
Un autre truc absolument merveilleux c’est qu’étant de janvier, elle ne rentrera à l’école qu’en 2020 (avec sa cousine !). Pas besoin de se battre ou de se justifier pour retarder son entrée à l’école, elle va bénéficier de plus d’un an pour pouvoir se poser tranquillement, s’attacher, s’enraciner… un vrai luxe au regard de certaines situations, une vraie nécessité pourtant pour pouvoir entrer dans l’apprentissage sereinement.
Non nous n’imaginions pas avoir une poupette si petite. Nous nous préparions à accueillir un enfant de trois-quatre ans, nous pensions école mais pas couches ou lit à barreaux. Nous sommes ravis, ravis de savoir que notre fille n’aura vécu «  » »que » » » deux années en orphelinat avant son arrivée chez nous, ravis de ces étapes inattendues que nous pourrons vivre avec elle.
Heureux, tellement heureux !
MonChéri s’est détendu à mesure que les papiers officiels de proposition puis de « démarrage » de la procédure sont arrivés, il a fini par prononcer lui aussi ces deux mots magiques : « ma fille », il est en train de devenir papa, c’est tellement beau à voir, et il n’arrive plus à travailler, c’est rigolo !
C’est notre tour, notre tour, on commence doucement à réaliser. La peur du voyage a fait place à l’impatience de vivre cette extraordinaire aventure. Et désormais j’arrive à dormir une nuit sur deux, il y a du mieux !
Nous avons rdv là bas le 6 mai et rencontrerons probablement notre fille le 7… là, ça devient concret !
Alors on prépare, on prépare, c’est du temps presque plein (j’ai mis plusieurs jours à pouvoir écrire cet article), et on se prend des coups de speed : il faut tel et tel papier, c’est nouveau (et ça te rappelle que tu ne soufflera vraiment que le jour où tu rentrera avec elle dans les bras). Va, courre les administrations, ce n’est que le début, parait qu’au retour, on s’amusera avec la CAF et la sécu ! Problèmes de riches 😉

Le prénom

CVendredi nous avons fini par choisir le prénom de notre fille..

Il faut savoir que MonChéri est un éternel indécis (qui se soigne, un peu), choisir son menu au restaurant est parfois très long, alors choisir le prénom de sa fille… vous imaginez ! Avec une liste de deux, puis quatre prénoms, gros défi… par élimination nous sommes revenu à deux, puis je lui ai demandé de trancher. Il l’a fait en signant pour nous trois sous un petit message destiné à des amis… celui qui avait ma préférence depuis longtemps, celui qui a la même initiale que MonChéri quand moi je partage celle de notre tout-petit, celui qui m’est apparu comme une évidence quand j’ai vu la photo de notre fille…S.

La lessive des petits vêtements

Ca y est, toutes les annonces importantes sont faites, pfffiou que d’émotions ! Je vous la fais courte : c’est l’euphorie. Ma mère est devenue intenable, mais c’est drôle, je viens de recevoir un message qui parle de cape de bain licorne…

Nous on a commencé à basculer dans un monde qui nous était jusque là interdit, à la mode rose-froufrou-pailleté de surcroît. Tout ça nous paraît surréaliste !
J’ai remonté du garage les quelques cartons qu’on nous avait donné il y a bien longtemps, j’ai fait du tri et des lessives. Bah je vous jure, des mini-fringues qui sèchent sur un étendoir, c’est grisant.

D’ailleurs la grande question du weekend était « mais quelle taille va t-elle porter ??? », ce qui fait qu’aujourd’hui au boulot, sous l’oeil amusé de mes collègues, j’ai analysé tous les poids et taille des enfants pour en conclure ce qu’on savait déjà : notre fille n’est pas un gros gabarit, alors avec le 18 mois-2 ans, on devrait s’en sortir.

J’ai cru retrouver le sommeil mais ça n’a duré qu’une nuit. En bonus, cette nuit MonChéri avait aussi l’oeil ouvert, alors à 4h du mat on était en train de débattre sur la nécessité de prévoir une veilleuse dans sa chambre, et on s’imaginait déjà en témoignage dans une soirée EFA !

On est allé faire quelques achats pour le voyage, lors de notre traversée d’un magasin de sport on est tombé devant le rayon « maillot de bain pour bébé ».
On a perdu le contrôle…
Trois maillots de bain.

On a trouvé son doudou aussi.

Tout devient de plus en plus concret, nous préparons le voyage, le pendant, l’après… et je me prends à rêver de la rencontre, moi qui n’ai jamais pu me projeter vraiment là dessus, il fallait que je sache qui j’allais rencontrer. Et on a hâte !
MonChéri se veut prudent, je crois que seul le fait d’avoir signé l’adoption de sa fille chez le juge le rassurera pleinement, mais il se laisse aller quand même, se projette, rêve… On pense à toutes les premières fois que nous allons vivre, et MonChéri tremble déjà de ses chutes à vélo !

Allez, le temps qu’il reste à attendre n’est rien au regard de celui qui est derrière nous. Bientôt nous serons trois.

Planer

Deuxième nuit, j’ai dormi, un peu. Réveillée à 3h du mat, impossible de refermer l’oeil alors…

On nous avait dit : « C’est incroyable les messages qu’on reçoit après l’annonce, on ne se rend pas compte combien les gens sont nombreux à attendre derrière nous, combien ils sont touchés par notre histoire ».
C’est vrai. Ca vient de partout (et encore on n’a pas fini de l’annoncer à tout le monde) et puis ça vient de vous aussi !
J’ai lu et relu tous vos messages, ils m’ont énormément touché, peut être arriverai-je à vous répondre individuellement plus tard, vous le mériteriez…
Merci à vous pour tous ces messages incroyables et si touchants, merci pour les soutien de ces dernières années, aux lectrices de l’ombre : bienvenue à la lumière et merci merci !

On nous avait aussi parlé de cette sensation de planer, de ce petit nuage… Je n’aurais jamais imaginé un tel nuage. Je suis carrément en orbite ! Pour tout vous dire, moi qui pensais pleurer comme une madeleine le jour où… et bien même pas, je suis dans un état au delà des larmes (bon j’dis pas, ça coule quand même des fois). J’ai l’impression d’être un ballon gonflé à l’helium que personne ne tient par la ficelle. Je plane tellement à dix mille que j’ai même du mal à répondre aux questions qu’on me pose, j’ai un temps de réaction énorme. Un truc incroyable ! Je suis partie en l’air dès le moment où nous avons répondu « oui c’est notre fille », MonChéri lui a pris les escaliers au départ mais là il commence à être sérieusement atteint aussi ! Il l’a sa fifille à son papa, il en a tellement rêvé !

Paradoxalement, ou pas, j’ai aussi énormément de mal à réaliser que ça arrive, là, pour de vrai. Ou plutôt que là, maintenant, il nous reste un bon mois avant de partir (pas encore de date précise), qu’on va vraiment partir, et que toutes ces choses à faire qu’on avait listé il va falloir les faire, pour de vrai. Heureusement que nous avions pris toute l’avance possible, la chambre est prête, nous allons juste récupérer un lit à barreaux… parce qu’on ne s’imaginait même pas avoir un enfant si jeune (il y en a sans doute qui, à cet âge sont en lit de grand on ne sait pas comment elle dort à présent, peut être aura t-elle besoin de ça pour la rassurer).

Je dévore des yeux les photos de ma fille (ma fille !!! Je me répète ça en boucle, la sensation est incroyable), moi qui avait peur de trouver mon enfant laid, j’ai finalement eu le coup de foudre, elle est tellement belle ! Tellement Belle ! (peut être plus tard, un article privé…). Nous ne lui avons toujours pas choisi de prénom, aux deux qu’on pensait devoir départager se sont ajoutés d’autres qui étaient dans nos listes précédemment.

Les annonces, quels moments incroyables ! Et encore, on n’a pas fini, c’est difficile de se contenir mais il y a des situations à ne pas louper : aujourd’hui la famille de MonChéri (un anniversaire, occasion rêvée non ?), et nos amis d’EFA que nous devions justement voir. Et puis mon père et ma belle mère qui arrivent samedi pour passer le weekend… ça va être cosmique !

10 ans, c’est le temps qu’il aura fallu pour faire famille et pour connaître un moment comme celui ci. Et 3 ans, 3 ans seulement d’agrément. Ca aussi c’est incroyable, inespéré, j’ai conscience que ça peut faire du mal à beaucoup de personnes en attente, mais je me dis qu’on peut aussi donner de l’espoir à d’autres. On a le c*l bordé de nouilles (excusez l’expression) et ça c’est incroyable, après notre vécu, se retrouver du côté de la chance (je continue à toucher frénétiquement du bois), notre petit veilleur n’y est peut être pas pour rien…

Elle

C’est une petite fille.

Elle porte un prénom magnifique (mais peut être quelque peu compliqué à porter en France).

Elle a deux ans et (presque) trois mois (elle est née en janvier ça ne pouvait qu’être le cas, dans ma famille il y a quasiment un anniversaire tous les trois jours en janvier).

Elle marche, elle parle (peu, mais à son âge…), elle pleure en présence d’inconnu (on est prévenu au moins). Elle fait 9,5 kg ce qui est tout à fait dans la courbe de poids du pays, elle l’a toujours été.

Elle va bien. Un souffle au coeur résorbé de lui même, un médecin qui parle d’un éventuel syndrome de quelque chose mais, pour le moment, pas du tout du tout confirmé et même si c’est le cas, ça reste largement dans nos « ouvertures ».

Elle est magnifique, elle a un regard absolument incroyable !

C’est notre fille.

Nous la rejoindrons, dans le pays A, début mai.

(Et j’ai pas dormi cette nuit)

Et un jour…

Et un jour, on est le 27 mars, il est 9h21, je suis au boulot, seule (très peu d’enfants le mercredi), je demande aux enfants de ranger avant la collation quand mon téléphone se met à sonner.
Qui donc m’appellerai un mercredi à 9h21 ? Evidemment je pense à notre OAA mais je cherche bien vite d’autres possibilités dans ma tête parce qu’il ne faut pas se faire de faux esp…
C’est elle.

« – Allo Choco vous allez bien ?
– Euh oui oui et vous
(ma voix est beaucoup trop aiguë)
– Ca va… dites moi, est ce que vous êtes disponibles ce soir pour… »

Le téléphone coupe. Je suis seule, au boulot, avec quatre enfants, mon OAA appelle et le téléphone coupe (le réseau est très mauvais)…

J’essaie de rappeler, une fois deux fois, trois fois, tout en aidant les enfants à se laver les mains, en leur expliquant que j’ai un appel très très très très important à passer. J’ai une incroyable sensation de vertige. D’heureux vertige. Mais je me contiens, je ne dois pas inquiéter les enfants. Je finis par réussir à faire passer deux sms « ça capte mal au boulot » et « je vous appelle du fixe » et reçoit une réponse : « ok ».
Je pose l’assiette de fruits au milieu de la table en priant pour qu’ils partagent sans heurts, je les félicite pour leur calme « qui m’aide beaucoup beaucoup parce que j’ai un coup de fil très très très très important à passer« , je me contiens, ne pas les inquiéter. J’appelle…

« – Ah Choco, on va y arriver… je demandais donc : vous êtes disponibles ce soir pour un rdv téléphonique ?
– Euh oui mais MonChéri rentre tard (
évidemment, évidemment il faut que ça tombe le jour où il fait une vente en extérieur)…
– 21h ?
– Parfait… c’est pour une bonne nouvelle ?
– Aaah… à priori oui mais je suis désolée je ne peux rien vous dire, je n’ai pu que vous épargner des nuits blanches en vous appelant aujourd’hui pour le jour même…
– C’est pour le pays A ?
– Je ne peux rien vous dire désolée, il faut attendre 21h, je ne serai pas là ce soir mais vous verrez avec la commission et puis on se tient au courant. A très vite, bonne journée ! »

Se contenir, se contenir, j’ai quatre enfants à gérer, jusqu’à 11h l’arrivée de ma collègue puis 13h la fin de ma journée…
« Les enfants j’ai encore un appel très très très très important à passer… »
Ils sont sages, exemplaires, depuis plusieurs longues minutes, c’est presque inespéré.

J’appelle MonChéri au boulot, ce n’est pas lui qui décroche…
«  – Bonjour, c’est Choco, est ce que je pourrai avoir MonChéri stp !
… longues secondes…
– MonChéri c’est moi, Xxxxx la secrétaire, elle m’a appelé, on a un rdv téléphonique ce soir à 21h…
…Silence…
– C’est vrai, elle a appelé ?
– Oui oui
…Silence…
– Je ne sais rien de plus elle ne pouvait rien me dire, j’ai essayé de demander le pays mais…
– Oh… j’ai peur… Tu sais le pays ?
– Non elle ne pouvait pas me dire, mais on est fin de mois, fin de mois c’est pays A !?

– C’est une fille ou un garçon ? (On en parle de la difficulté à entendre « je ne peux rien dire de plus ?)
discussion sur « comment je vais faire pour être sûr d’être rentré à 21h », dans sa voix la peur se dissipe, je sens l’émotion, l’espoir… On est prêt à raccrocher quand…
– Et attends… on n’en parle pas pour le moment hein ?!
– Bah ce serait mieux… mais fais comme tu peux, moi je vais pas pouvoir, quand ma collègue va arriver il va falloir que ça sorte.

– Bah oui c’est ça…(MonChéri ne sait pas garder qq chose pour lui, ne lui confiez jamais de secret)
– Fais comme tu peux. De toute façon il va peut être falloir que tu en parles à Yyyy pour pouvoir rentrer à l’heure ce soir… »

Se contenir. Etre réaliste : je suis incapable de mener quelconque activité précise avec les enfants, il fait beau alors tout le monde dans le jardin.
Ils courent, roulent, jouent, je les regarde en me demandant quel âge à cet enfant qui vit en ce moment même à des milliers de km de moi. Je ressens le besoin terrible d’écrire, d’écrire ce qui se passe et tout ce qui traverse mon cerveau. Impossible.
Ils sont occupés, je peux me relâcher un peu, discrètement. Je ris, je pleure, je pleure, je ris. Des larmes de joie j’y ai si rarement goûté. Je n’ose pas trop non plus. Contenir son imagination, contenir sa joie, il faut attendre, attendre d’être sûr que c’est bien Lui/Elle, d’être sûr que nous sommes en mesure de dire « oui ».

« C’est une fille ou un garçon ? » c’est quand il a prononcé cette phrase que je me suis rendu compte qu’on allait vraiment nous parler d’un enfant. Un enfant qui est là, qui existe, qui est peut être le nôtre. Si on est chanceux. Et dire que quelques minutes avant le coup de fil, en épluchant cette pomme, je me suis encore demandé si il/elle était vraiment déjà né.
Alors on va savoir, on va savoir son prénom, son sexe, son âge. On va pouvoir remonter ces cartons de vêtements qui attendent dans le garage, certains, et pas d’autres, parce qu’on saura. Si on est chanceux.
Alors on ne partira pas en vacances chez nos amis à Toulouse le mois prochain. Et puis ces devis pour la taille des haies on les laissera tomber. Et puis l’opération de MonChéri (pour le retrait des broches) qu’on a mis tant de temps à fixer, il faudra la décaler. Si on est chanceux. Je compte dix fois peut être les dates approximatives de notre voyage.
Comme il tombe bien cet appel, vendredi soir on voit nos copains d’EFA, ça sera une sacrée annonce ! Et ce weekend mon père vient ! Est ce qu’on arrivera à attendre si « longtemps » ? Qui préviendra t-on en premier ? Comment ?
Alors ma grand mère, dernier de mes grands parents vivant, va la/le connaître. Alors mon père, dont la vue est déjà bien altérée par un glaucome, va le/la voir. Si on est chanceux. Moi qui ait versé tant de larmes à l’idée que cet enfant pourrait arriver trop tard pour que mon père le voit…

Je regarde l’heure toutes les deux minutes. 21h. Comme ça va être long. Il faut s’occuper, absolument. Alors avec les enfants on fait toutes les rondes qu’on connaît, on plante des choux « à la mode de chez nous », on joue à cache-cache et à « prom’nons nous dans les bois »… Ca me fait du bien, j’arrive même à rentrer dans une certaine sérénité (entrecoupée de pensées virevoltantes).
Il est presque 11h, on rentre, ma collègue arrive, je crache le morceau (et ça fait du bien) tout en lui expliquant qu’on ne sait rien encore, et qu’il faut espérer que le dossier médical de cet enfant ne sera pas trop lourd. Et puis c’est l’heure de la bibliothèque, merveilleux, encore de quoi s’occuper !
On rentre, on mange, on discute encore un peu avec ma collègue, ça fait vraiment du bien. Puis ménage, puis partir.

Je vais faire des courses. j’achète des c*nneries, c’est Pâques, il y a ces chocolats que MonChéri aime tant (et ce ne sont pas des Mon Chéri) et puis il y a des chaussons aux pommes et j’aime bien les chaussons aux pommes. C’est idiot, j’ai l’estomac noué je ne m’imagine même pas les manger, mais je les prends, comme j’ai pris le chocolat.
En revanche je ne rachète pas du vinaigre comme noté sur ma liste… le fond de bouteille qui reste nous fera bien le mois à venir, et puis après, après… on sera en voyage. Si on est chanceux.
Je souhaite une bonne journée à toutes les personnes que je croise en espérant qu’elles me répondent la même chose. Je veux qu’on me souhaite une bonne journée, je veux qu’elle soit bonne et non faux espoir, je veux que ce soit cette journée qui changera ma vie à tout jamais.
Est ce que c’est aujourd’hui que je vais devenir mère et MonChéri père ? Dix ans presque jour pour jour après ma dernière pilule. Dix ans c’est donc le temps qu’il aura fallu ? Est ce que c’est aujourd’hui que ces dix dernières années vont trouver un sens ? Toutes ces épreuves, ces combats, toutes ces années de galère, de souffrance… Un sens à tout ça, enfin ?
Je revois ces dix dernières années, je revois ce jour où nous avons jeté la dernière plaquette de pilule, je revois notre rencontre plus tôt encore… Sommes nous chanceux ?

Je rentre. S’occuper, absolument. Il fait beau, idéal pour la promenade des chiennes, la grande tant qu’à faire, au pas de course, ça ce n’était pas voulu mais c’est comme ça, je suis survoltée. Le cerveau à mille à l’heure. Je meurs d’envie d’appeler la terre entière mais je me rappelle, presque six ans plus tôt maintenant, l’annonce du bonheur puis l’annonce du pire six mois après. Ne pas revivre ça, le chaud, le froid, ne dire les choses que quand elles seront sûres… Laisser traîner des indices ? Non, se rappeler à nouveau, presque six ans plus tôt… pas d’indices, par superstition.
Et après la promenade ? Appeler MonChéri. Ô la belle exaltation dans sa voix, cet espoir prononcé du bout des lèvres, son impatience… 21h, on compte les heures. Je devine que nous avons partagé les mêmes pensées, toutes ces choses à penser, ces annonces à imaginer… En a t-il parlé ? A son patron oui, qu’il soupçonne d’avoir « fuité » auprès de ma soeur (l’autre patron de MonChéri, pratique) – oh le salaud, nous gâcher une telle annonce ! – et puis à la collègue qui doit le remplacer ce soir… et puis, comme il passait par là, à notre beau-frère (mari de ma soeur) qui en a eu les larmes aux yeux, alors MonChéri aussi (alors moi aussi) qui lui a fait promettre des les appeler ce soir, après l’appel.
Et après l’appel à MonChéri ? Se poser et écrire, enfin. Effet magique, écrire fait défiler les minutes et les heures, mais arrivée là il est 16h16 (!) et je ne peux pas encore raconter la suite de cette journée, il va falloir trouver autre chose pour s’occuper, ménage, cuisine…

Ménage donc, jamais je n’ai été aussi efficace, niveau temps, pas tellement point de vue résultat mais qu’importe. Puis douche, parce que (attention détail glamour) je sue comme un porc depuis que je suis rentrée. Puis cuisine. Choucroute. J’ai même pas faim, je n’aurais pas faim… Jusque là le temps est passé relativement vite, mon coeur bat de plus en plus vite, je sue toujours comme un porc. MonChéri rentre trois quart d’heure plus tôt que d’habitude. Mince, si on avait su, on n’aurait peut être pas eu besoin de demander un appel si tard. Là, le temps ralentit, passé 20h c’est horrible, je regarde l’heure « 20h11 » une éternité plus tard « 20h14″…

21h, côte à côté dans le canapé, on décroche le téléphone.

Attendre en Mars

Oui. Evidemment. Un article « attendre en février » ça amenait forcément une suite (autant vous dire que j’espère qu’il n’y en aura pas trop). Tout au long du mois j’ai listé ce qu’était attendre en mars (et ça a grandement limité le nombre de mes publications).
Alors attendre en mars c’est…

Espérer que, février étant un tout petit mois, « fin février » pourrait être plutôt « début mars »… et puis non.

Soupçonner mon père de préférer anticiper mes coups de fil en appelant lui-même pour s’éviter les faux espoirs quand mon numéro s’affiche.

Une nuit, rêver d’un adorable petit garçon, 3-4 ans, se rencontrer, s’apprivoiser (dans un train aménagé, et y croiser mon oncle qui attend une livraison, logique)… et puis, comme toujours, se réveiller. Aïe. Ne pas se rendormir, lui chercher un prénom, à 3h du mat…

Participer à cet anniversaire, premier événement de l’année auquel on avait répondu « oui… mais ça se trouve on ne sera pas là ! ». Bon bah si en fait.

Avoir des sueurs froides en voyant ce crash d’avion aux actualités (note pour plus tard : se faire prescrire un cachet pour être zeeeeeeen pendant le voyage).

Observer ces enfants qui occupent mes journées et me demander comment sera le mien. Comment se tiendra-t-il/elle quand il/elle jouera par terre, accroupi comme K, à quatre pattes comme J, ou encore allongé comme L ? Se dire qu’il/elle a peut être l’âge de l’un de ces enfants, mais lequel… P. dix-huit mois ? A. deux ans ? M. trois ans et demi ? Et son caractère : douceur ou tempérament de feu ? Bavard ou silencieux ? Quelle est sa vie en ce moment ? Est-il/elle vraiment né(e) ?

Prendre la résolution de demander des nouvelles le mois prochain, si eux ne nous en ont pas donné d’ici là.

Se dire que cette fois c’est sûr, considérant notre ouverture en âge (un enfant de moins de cinq ans), notre second enfant sera né après son frère (étrange cette phrase non ?), non seulement par rapport à la date où L. est (mort-)né, mais aussi par rapport à la date où il aurait du naître. En tirer un certain soulagement. Penser à ces moments, où, enceinte et sereine quant à l’avenir de cette grossesse, je disais « un deuxième ? Non… ou alors si, plus tard, par l’adoption ».

Penser aux paroles entendues lors du repas de Noël de notre OAA, au sujet d’éventuelles futures propositions d’enfants par le pays A : « on ne s’attend à rien avant le printemps » (dois-je préciser que mon cerveau lui n’a retenu que le mot « printemps ») et le printemps, c’est maintenant !

Le fêter (le printemps) avec un super petit weekend en amoureux en chambre d’hôtes (dont nous revenons tout juste). Derniers instants sereins avant la fin du mois. Fins de mois qui ressemblent dorénavant aux pires DPO qui soient. Au point, le mois dernier, d’avoir eu des envies de brûler ma vie, ma maison, mes meubles, mes fringues et de tout reprendre à zéro ailleurs (bon avec MonChéri et notre agrément quand même, j’en étais pas à ce point là non plus). Cerveau qui vrille… Alors, souhaitez moi bonne chance (ou bon courage) pour cette dernière semaine de mars !

(Et dire que ça pourrait encore durer des mois et des mois)

Corps à corps

Il y a deux nuits de ça j’ai rêvé que j’allaitais un nouveau-né. Le rêve ne tournait qu’autour de ça, j’avais ce bébé, mon bébé, et il était « pendu » à mon sein pendant que je discutais avec ma mère et MonChéri.

Je me suis réveillée surprise : voilà bien longtemps que je ne fais plus ce genre de rêve, l’allaitement a été le dernier deuil à faire lorsque nous avons entamé nos démarches d’adoption (car si j’avais vécu la grossesse et l’accouchement, même dans des conditions douloureuses, je n’avais pas pu passer par l’étape « corps à corps » avec un nouveau-né) mais aujourd’hui c’est bel et bien derrière moi, d’ailleurs ce rêve ne m’a pas fait l’effet qu’il m’aurait fait il y a quelques années ou que me font les rêves d’adoption aujourd’hui, ces rêves qui rendent les réveils douloureux et qui nous collent à la peau et à l’esprit toute la journée…

Pour autant l’origine de ce rêve je la connais. Je sais qu’il vient de cette question lancinante que je me pose depuis le départ : cet enfant sera mon enfant, mais arriverais-je à faire du corps de cet enfant le corps de mon enfant ? Est ce que j’arriverais à créer une proximité physique naturelle (pour autant que lui ou elle l’accepte évidemment) ? A me sentir à l’aise dans le toucher, le peau à peau ?

(Spoiler : la réponse est oui, très probablement, je le sens très bien au fond de moi, je n’attends même que ça, et quand bien même les débuts seraient difficiles je sais que la piscine de l’hôtel où tout les adoptants vont, ainsi que la phase de régression des enfants adoptés, font des miracles… mais je me pose la question quand même sinon c’est pas drôle)

Cette question je sais bien d’où elle vient aussi : je travaille dans la petite enfance, je me dois chaque jour de garder une position professionnelle face à ces enfants, donc en théorie pas de petits surnoms, pas de bisous (à moins qu’eux même en fassent la demande), encore moins de « prouts sur le ventre » (allez j’avoue, je fais mine de croquer quelques pieds parfois pour détendre l’atmosphère au moment du change) (enfin rassurez-vous les câlins on en fait quand même) alors parfois j’ai peur de rester bloquée sur ma position professionnelle et de ne pas me laisser aller en tant que maman.

Bref des angoisses probablement infondées dont je connais les origines et les réponses. Alors… tout va bien ! 😉

Attendre en février

(Je vais finir par vous saouler avec mes articles de « rien » (à moins que ça ne soit déjà fait). Bienvenue dans ma vie !)

Février. C’est plutôt sympa février non ? C’est court février. On arrive vite à au bout. D’ailleurs, 20 février, on peut dire qu’on entre dans la fin du mois ?!
Alors, attendre en ce mois de février, c’est quoi ?
C’est…

Voir des signes partout, dans un pantalon mais aussi dans une voiture (la dernière fois, qu’on a changé de voiture, je suis tombée enceinte juste après, alors là… une nouvelle voiture… NEUVE en plus… forcément c’est bon signe non ?).

Aller voir la banque, parler d’adoption, de voyage. Aimer encore plus sa banquière (j’aime vraiment vraiment ma banquière), son humanité, ses conseils et sa faculté à faire comprendre à MonChéri que changer de carte bancaire maintenant, pour de meilleures assurances voyage, comme je le suggère, est une bonne idée (un pavillon de banlieue, une voiture neuve, une carte gold… m*rde, que suis-je devenue ?!)

Fêter trois ans d’agrément, avoir un peu de paperasse à faire à ce sujet, devoir demander des copies conformes à la mairie, s’entendre dire que ça ne se fait plus, prononcer les mots magiques : « adoption internationale », avoir ses copies certifiées conformes.

Faire un arrêt cardiaque en voyant le nom de la secrétaire s’afficher sur mon portable (prise « en traître » alors que je faisais la sieste, alors c’est donc vrai : le téléphone peut sonner quand on ne s’y attend pas)… faux espoirs, c’était juste pour la paperasse. Avoir les jambes qui flageolent encore longtemps après. (En même temps, on n’était pas en fin de mois…)

Envoyer la « Lettre aux grands-parents » de Johanne Lemieux à nos proches, pour les préparer, parce qu’au moment de l’annonce personne n’aura de neurones disponibles pour lire et comprendre ce qui y est écrit.

Les faire jouer aux « pronostics » (Hein ! Pourquoi la floppée de femmes enceintes autour de nous auraient eu le droit de faire parier les gens sur la taille et le poids de ce qui allait sortir d’elles et pas nous ? Hein pourquoi ?!), bon, on adapte : Sexe, prénom, âge au moment de l’appel et date de l’appel. Si si c’est rigolo !

Entendre parler de leurs accouchements, se dire qu’il y a une épidémie de « boucherie » dans l’obstétrique et que dix heures d’avion c’est plutôt cool quand on y pense, comparé aux déclenchements, épisio, déchirures, forceps, descente d’organe, césarienne… (si si, tout ça dans notre entourage dernièrement, elles ont bien morflé, toutes).

Vouloir changer de vie un jour gris (aller élever des chèvres dans le Larzac ? Vivre en autarcie sur une île déserte ? Créer une chambre d’hôtes à la campagne ?) puis profiter du soleil sur sa terrasse le lendemain en se disant qu’on n’est pas si mal finalement et que l’hiver va bien finir par partir.

Retrouver la grande famille EFA encore et toujours, que ferait-on sans eux…