Il en faut peu…

Se décider à acheter ce pantacourt bermuda mais qu’est ce que je suis nulle en fringue pantalon de sport, léger, souple, arrivant juste en dessous du genou, que je zieute depuis quelque temps.
(Excuse : ) Parce que ça sera quand même plus agréable pour le yoga l’été.
(Vraie raison : ) Parce qu’il serait parfait pour… voyager, si… on est chanceux.

Rentrer.

Regarder l’étiquette.

Lire « made in Là-Bas ».

Sourire béatement pendant des heures.

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Des airs de déjà vu

Hier soir j’avais un peu le blues.
« Le blues… Mais pourquoi donc ? » me suis-je demandée.

Parce qu’on était samedi déjà. MonChéri bossait, j’ai passé la journée seule, à ruminer. Le samedi c’est un peu la journée qui symbolise le vide et l’attente. Ceux qui ne travaillent pas sont en famille, s’occupent des enfants… pour moi c’est une journée de rien, mais pas du rien agréable, du rien repos qu’on apprécie, non, juste du rien.

Parce qu’autour de nous les gens font des enfants, sans vraiment s’en rendre compte, comme ils vont acheter le pain (comment ça j’exagère, je fais ce que je veux, c’est mon blog), c’est simple, naturel, prévisible.
Simple. Prévisible. Ca n’existe même plus dans mon vocabulaire.

Parce qu’encore une fois on a beau expliquer, une fois, dix fois, mille fois, tu te rends compte que les gens ne comprennent pas, ce qu’est un pupille, un enfant venu de l’étranger, leurs différences, l’attente pour l’un, l’attente pour l’autre. Et comme MonChéri qui est à deux doigts de faire un schéma à chaque fois qu’on lui dit « on ne sais jamais » (grossesse) pour expliquer en quoi « si si on sait », dans ces moments là j’ai envie de sortir un papier et un crayon. Puis je réfléchis, et je me dis que c’est normal, que nos proches font aussi avec leurs espoirs et leurs projections, et je m’en veux de leur en vouloir.
Surtout que quand je discute avec d’autres je réalise tout ce que nos proches ont intégré malgré tout. Parce que quand tu expliques la situation pour la première fois à quelqu’un et qu’on te réponds : « Tant d’attente !! Mais ce n’est pas normal !! » tu te demandes comment les gens viennent à penser qu’on te fait attendre par sadisme, j’oublie que dans l’esprit de tous il y a un bon stock d’enfants malheureux sur terre, et qu’il suffirait d’aller se servir. Alors tu ré-expliques, la notion d’enfant adoptable, leur faible nombre comparés à tous ceux qui, comme toi, attendent… (de moins en moins aussi cela dit, nous avons eu les chiffres de notre département pour l’année 2018, les gens savent que l’adoption est difficile, beaucoup renoncent, il y a de moins en moins d’agréments en cours, plus de refus aussi, le nombre de pupille est stable, quant à l’international… une seule adoption chez nous pour 2018, contre 4 l’année d’avant…).

Bref l’attente, les hauts, les bas.
Quand nous sommes arrivés fin janvier je me suis dit « un mois de passé, nos chances d’être appelés sont de plus en plus grandes chaque jour », et puis à force de lire et relire les témoignages des adoptions passées de notre organisme, j’ai noté que la très grande majorité avait été appelée en fin de mois (facile d’en conclure que la commission adoption de tout là-bas se réuni chaque fin de mois). Alors l’attente change de visage et je vais me retrouver comme dix ans plus tôt à espérer quelques jours par mois pour probablement m’effondrer ensuite, passer par une phase neutre, espérer de nouveau… Finalement, est-ce que ce n’est pas mieux parfois d’en savoir moins ?

Descendre et remonter

Naïve que j’étais, ces derniers temps je me disais que rien ne viendrait atteindre ma « phase haute », que les montagnes russes c’était fini, que la joie resterait jusqu’à l’appel.
AHAHAHA !
La vie s’est chargé de me lancer un petit avertissement. Il y a quelques jours une petite phrase a fait retomber mes espoirs comme un soufflé. Je nous voyais déjà condamnés à ne plus rien espérer avant la fin d’année, voire pire. J’étais désespérée.

Qu’on se le dise : rien de toute façon ne garantit que nous soyons appelés tôt dans l’année, ou dans l’année tout court, mais c’est du côté de l’espoir que tout change.

Heureusement, un p’tit coup de fil, l’accent chantant de notre secrétaire adorée, une phrase magique (« Vous êtes premiers maintenant, ça sent le *épice locale* Choco, ça sent le *épice locale* !« ) et ça repart (les insomnies souriantes aussi) (l’attente ça rend un peu bipolaire non ?). Avec en plus une info primordiale à la clé : je n’ai plus à psychoter à chaque appel de numéros inconnus, la première personne à nous appeler ce sera elle, et son numéro, il est enregistré !
Autre nouvelle : il parait que ça bouge du côté de l’autre pays, on n’est pas encore dans les délais, mais ça bouge (ça nous ferait bizarre d’être appelés pour là bas tiens !).

Nos proches sont en attente aussi. Chaque fois qu’on appelle, juste « comme ça », pour prendre des nouvelles, ils décrochent haletants, je dois commencer mes conversations par « rien de neuf » pour faire baisser la pression ! Chacun y va de son pronostic, fille pour les uns, garçon pour les autres.
Je rigole moins quand je dois répondre une énième fois à la même question. Les gens ne comprennent pas l’attente, d’autant que nous parlons des adoptions de pupilles qui ont lieu autour de nous, chez nos amis, mais on a beau dire et redire qu’ils attendaient depuis plus longtemps, systématiquement la question revient.

Bref, on attend, ça sent bon… et je n’ai retenu aucune leçon de mon « down » du début de semaine !

Comment j’ai eu trente ans

Ce jour là MonChéri s’est couché à 3h du mat, trop pris dans son jeu, alors jusque là je n’ai pas bien dormi (mais il a été le premier à me souhaiter mon anniv).
A 9h, alors que je me levais doucement (jour de repos), que ma tartine était beurrée et ma tisane bien chaude, MonChéri s’inquiète : il va être en retard. En pyjama, l’oeil flou, je laisse tartine et tisane pour le conduire à la gare. Je rentre. Ma clé se coince dans la serrure du portail.
Je passe par dessus, joue au Tetris dans l’armoire pour accéder à la caisse à outil, me fait tomber un truc lourd sur le pied et commence à me dire que cette journée pue. Je récupère une pince, du dégivrant, ma clé, je bois ma tisane plus très chaude et mange ma tartine en espérant que le chat ne l’a pas léchée entre temps.
Je ressors, pour aller à la banque (prêt pour l’achat d’une voiture, ou comment nos voitures ont la bonne idée de nous lâcher alors qu’on prépare un voyage de deux mois au bout du monde) (« vous avez des enfants » qu’ils nous ont demandé, les concessionnaires, tous, « va te faire mettre » j’ai pensé, fort, à chaque fois), ma clé se re-coince, je dégaine la pince, casse la clé. Je passe par dessus, prend la voiture (heureusement restée de l’autre côté), vais voir ma banquière.
Je rentre, je fais Bob le bricoleur pour forcer l’ouverture du portail pour pouvoir rentrer la voiture, me n*que les mains au passage, puis retourne la maison à la recherche d’un cadenas, d’une chaîne, d’un antivol, n’importe quoi pour tenir le portail fermé. Je rentre, me pose trois secondes.
Ma soeur me propose un resto, je ressors. Je fais trois fois le tour du centre ville pour trouver une place, je me gare, je vais chercher un ticket à l’horodateur, le pose sur le tableau de bord, il s’envole avant que la portière soit fermée, sous la voiture (là j’hésite à m’allonger par terre pour pleurer en tapant des pieds et des mains mais je me retiens), puis un peu plus loin, je le rattrape. Je vais manger.
Après manger je retourne à la maison, j’avais oublié un « détail » : pour la signature électronique du prêt il faut passer par mon « espace personnel » auquel je ne me suis jamais connecté et dont je ne connais pas le code d’accès. Je retourne le classeur « banque », trouve le code (obsolète) de MonChéri mais pas le mien. Le site me propose de m’en envoyer un nouveau… par la poste, ou sur l’application smartphone. Je dois signer ce contrat tout de suite pour avoir les sous à temps, et je n’ai pas de smartphone (je pousse des cris hystériques chez moi).
J’envoie deux messages désespérés à ma banquière. Je reçois un nouveau code par sms (merciiiiii), me connecte. Le site plante. Cinq fois. Puis je n’accède plus du tout au dossier. J’insulte mon PC. Ma banquière m’appelle pour savoir si j’ai eu un nouveau code, je lui dis que oui, mais que ça a planté, cinq fois, et que j’insulte mon PC mais que ça marche pas mieux. Elle me répond qu’elle a souvent essayé aussi mais toujours sans résultats, elle me renvoie un dossier. Ca ne marche pas. J’essai de négocier avec la Vie pour retrouver mes 29, parce que décidément trente c’est la merde. Ca marche pas. J’abandonne. Je retourne en ville parce que le soir c’est resto.

Ma soeur m’avait parlé deux jours plus tôt d’une décennie prometteuse. J’espère que le reste ne sera pas à l’image du premier jour !

Où l’on se demande ce qui passe par la tête des gens…

Sondage : qui serait prêt à envisager de donner à son enfant le prénom d’un enfant mort dans son entourage quelques années auparavant ?

Avec toutes les naissances cette année autour de nous, une de mes angoisses étaient qu’on nous « pique » un prénom de notre liste. Mon regard était tourné notamment vers le cousin de MonChéri, car vu le prénom du premier je savais que nous avions les mêmes goûts. J’avais même imaginé pire, sans pour autant m’attarder sur cette idée, non, ils n’oseraient quand même pas donner à leur enfant le prénom de notre tout-petit…

« Il s’appelle L. »

Personne n’a voulu nous l’annoncer d’ailleurs, il a fallu qu’on aille chercher l’information, parce que quand même, il était prévu pour décembre, on était en droit de penser que le 10 janvier cet enfant était né !
Parait que quelqu’un a même tenté de les faire changer d’avis.

« Il s’appelle L. » et je n’arrive même pas à leur en vouloir d’avoir tant aimé ce prénom, moi qui regrette de ne pas pouvoir le prononcer à voix haute à longueur de journée, moi qui n’arrive pas à vibrer, pour aucun prénom (de garçon) de notre liste, autant que pour celui-ci.

Mais quand même. On ne se voit pas si souvent, mais on se voit. Comment pourrais-je supporter maintenant ces réunions de famille où le petit L. , bien vivant, qui sera là, ne sera pas le mien et viendra souligner plus encore l’absence de mon fils. Son prénom est l’un des rares signes « visibles » de son existence, il y a quelques photos, deux-trois objets souvenirs, mais surtout il y a son prénom, dans notre livret de famille, et dans l’esprit de tous, ou au moins de certains… Et maintenant, que va évoquer ce prénom pour eux ? A qui vont-ils penser ? Quand on sait combien il est difficile de faire exister un enfant décédé aux yeux des autres.

« Il s’appelle L. » , j’ai déjà trop souvent l’impression qu’on nie l’existence de mon enfant, mais là c’est pire que tout…

Cerveau en phase haute.

Écumer internet à la recherche des informations pratiques pour voyager là bas.
Lister les indispensables à mettre dans la valise (et revoir sa garde robe).
Ignorer la partie « tourisme » (dommage) mais ignorer aussi la partie logement. Et transport.
Aimer déjà le correspondant local pour cet accompagnement. Être heureux de passer par un OAA.
Fantasmer sur la bouffe de là-bas (si si, la bouffe, c’est important).
Ouvrir tous les bouquins qui parlent du pays. Regarder les photos. Celles des gens, des enfants. Imaginer son enfant dans ces traits là. Ne pas se vanter mais, quand même, se dire qu’il va être sacrément beau. Le plus beau. C’est sûr.
Guetter l’actualité du bout du monde. Se réjouir d’une sortie de crise (se dire que décidément on est chanceux), espérer qu’il n’y aura pas de rechute.
Se dire que quand même, bordel, ce serait une aventure incroyablement incroyable. Un truc de fou.
Et qu’en plus on pourrait la vivre cette année.
Cette année.
Là.
Dans les mois qui viennent.
Nous.
Si on est chanceux.
(On est chanceux ?)
Renoncer à calmer l’enthousiasme des proches étant déjà incapable de se raisonner soi-même. Même MonChéri se laisse aller, lui dont le maître-mot est « prudence ».
Finir la chambre.
Se dire qu’on est complètement tarés.

(On est complètement tarés ?)
Se demander laquelle de mes culottes est la plus confortable. Pour l’avion.
Lister tous les prétextes valables pour demander régulièrement, l’air de rien, des nouvelles à notre OAA.
Taire les « 
Avril Août ? Je ne sais pas si je serai là ! » et essayer de se projeter, quand même, sur une année normale (« ahahahahaha » dit mon cerveau fou à mon cerveau raisonnable).
Ressortir la liste des prénoms.
Dire « il ».
Dire « elle ».
Rêver.

Bilan et vœux

(Le titre original de ouf)

Voilà, après un Noël que nous avons réussi à garder « confortable », loin des grandes tablées incluant femmes enceintes, nouveaux-nés et donc discussions parentalité-centrées, l’année tire à sa fin et une nouvelle année approche. C’est le moment où chacun dresse le bilan des mois passés et souffle ses vœux pour ceux à venir.

Comme d’habitude, je suis allée lire l’article de l’année dernière… et je ne m’étais pas trompée (bon ok vu les circonstances c’était plutôt facile de deviner) : peintures, bricolages ? Fait, et même bien plus vite que ce que j’imaginais. Nouveau boulot ? J’y suis, après un début compliqué j’ai fini par y faire ma place.
Quant au frétillement de cerveau espéré, là nous avons été plus qu’exaucés : aujourd’hui ce n’est plus un frétillement, c’est le carnaval de Rio dans nos têtes !

Et encore, j’ai du bol, une nuit sur deux j’arrive à dormir correctement !

Et maintenant ? Pour 2018 je ne me faisais pas d’illusions, mais aujourd’hui je regarde l’année à venir avec tout l’espoir du monde sans oser le dire trop fort de peur de Dame Nature, La Vie, Le Destin, que sais-je, ne vienne encore nous couper l’herber sous le pied. Des épreuves sont nés les superstitions et il y a des choses que je ne m’autorise plus à dire, des certitudes, des précisions, des désirs, des tournures de phrases que je ne prononce plus ou que je ne supporte plus d’entendre, auxquelles je trouve des airs de « mauvais sorts »…

Alors que dire ? Comment le dire ? Que nous souhaiter pour 2019 ?

Peut être tout simplement la chance.

Oui, d’être chanceux comme nous le sommes depuis que nous avons mis les pieds dans l’adoption. Suffisamment chanceux pour pouvoir, avec joie, prendre part l’année prochaine aux grandes tablées de Noël qui, je dois bien le dire, me manquent, mais que, pour ma survie psychologique, je fuis.

A vous tous je vous souhaite aussi la chance dans tous vos projets et dans votre quotidien. Que la vie vous soit douce. Que la lumière au bout du tunnel apparaisse à ceux qui traversent les épreuves.

Programme intense, nuits blanches et évidence

Après la journée avec notre OAA dimanche, nous avons continué sur cet élan avec le rdv avec l’assistante sociale du service adoption du département.
J’appréhendais ce rdv depuis celui en demi-teinte de l’année passée, je m’en étais fait des montagnes… pour rien. Tout s’est merveilleusement bien passé.
Il faut dire qu’on était encore (qu’on est encore, j’ai pas hâte de retrouver le creux de la vague, en revanche je ne suis pas contre retrouver le sommeil, je ne dors plus !) dans l’euphorie du « tenez-vous prêts » de la veille. Nous en avons évidemment parlé et elle était ravie pour nous, la discussion a donc beaucoup, et joyeusement, tourné autour de l’intense attente à venir, du voyage, de la rencontre, de l’apprentissage de la parentalité… 

OAA… Conseil départemental… Il ne manquait que…
Eh oui, hier c’était aussi soirée EFA autour du film « Pupille ». Et ce film est incroyable ! D’une justesse, d’un réalisme, dingue. En pas tout à fait deux heures il aborde vraiment tout ce qui touche à l’adoption, sans fausse note.

J’étais là, dans cette salle, en train de regarder ce film incroyable, au côté de MonChéri, entourés de ces gens avec lesquels nous avons tissé des liens uniques, parce qu’ils sont, ou ont été, « nous » et que nous sommes, et seront, « eux », et, moi qui me suis souvent sentie et me sens si souvent en décalage, je me sentais juste… à ma place.

5 ans, douleur et espoir

Hier soir, tard, yeux grands ouverts dans mon lit, je me suis dit qu’il fallait que je me fasse une raison : les nuits du 8 au 9 décembre ne seront jamais bonnes. Comme cinq ans plus tôt j’ai donc peu dormi.
Je me suis levée avant le réveil, quand je suis sortie de la douche il était 08h08, alors j’ai souri, puis j’ai pleuré.
Je n’ai pas avalé grand chose au petit dej, on s’est préparé (j’ai enfilé cette robe-pull noire que je portais en début de grossesse et que j’aime tant, juste pour les bons souvenirs) et on est parti. Il fallait que le Noël de notre OAA tombe ce jour-là…

Et quelle bénédiction ! Je n’ai pas eu le temps de penser à ma douleur tant cette journée a été intense et riche en informations. Les derniers adoptants (adorables) étaient là, avec leur merveilleuse petite fille, et ils ont répondu à toutes nos questions et nous ont donné un milliard de conseils.
« Alors c’est vous les prochains ?! » Si seulement, si seulement, on espère, on espère tant…
« Tenez-vous prêts » rien n’est sûr : troubles politiques et élections à venir, mais peut être que les adoptions ne seront pas impactées, d’ailleurs un autre couple vient de partir, pour un enfant plus grand, mais malgré tout « Tenez vous prêts, il ne faudrait pas que vous soyez surpris, voire paniqués si on vous appelle, comme certains pour qui l’attente rend tout tellement abstrait qu’ils sont pris de cours quand ça arrive ! ».
On est prêts, tout est prêt. Alors prions pour un gouvernement sympa tout là-bas, pour que tout ça ne soit pas faux espoir, pour ne pas avoir rendez-vous avec la petite cuillère qui ramasse, trouvons le juste équilibre entre espoir et raison, voire protection…

5 ans sans notre fils et une « drôle » de journée, entre douleur diffuse et espoir qui infuse.

Mon tout petit, mon petit L., j’aime à croire que tu nous aides. Je t’aime. Tu me manques…