Confinement

Ca manque un peu d’originalité dans le thème mais, que voulez vous, c’est l’actualité.

Confinés nous sommes. Je dois vous dire un truc : ça ne change pas beaucoup mon quotidien. Certes nous n’avons plus accès à la médiathèque, à la ludothèque, au parc… toutes ces petites sorties qui agrémentaient nos vies à S. et moi, mais en échange on a MonChéri à la maison, et ça c’est cool (soit dit en passant, pour MonChéri, entre le congé adoption, les vacances, son arrêt pour opération et maintenant le confinement… y’a pas à dire, on a accueilli notre fille dans des conditions optimales avec beaucoup de temps à trois pour cette première année). Et puis on a un jardin, alors on ne va pas virer claustrophobes.

Bref, le gros changement, c’est pour les autres et ça me fait tout drôle de savoir que, pour une fois, je ne vis pas à l’envers du monde. Contraints et forcés, les gens se mettent au rythme qui est le mien et, même si j’ai bien conscience que tout cela arrive dans des circonstances terribles, qu’économiquement certains vont en souffrir et que ceux qui sont contraints de travailler vont trimer trois fois plus alors que ce sont déjà ceux qui sont usés par un système défaillant, je pense aussi qu’il y a beaucoup de monde à qui ça va faire du bien.
Arrêter de courir pour le boulot, de s’y surinvestir pour pas grand chose, arrêter de consommer à outrance.
Rester chez soi, prendre le temps, retrouver ses enfants, son conjoint, se contenter de choses simples, voir vraiment ce qui nous entoure…
Qui sait ? Peut être qu’à la fin ils seront nombreux à décider d’opérer un gros changement dans leur vie. J’ai l’espoir que cette « guerre » amènera les gens à se questionner, à remettre certaines choses en question, pour eux, pour l’humanité et pour la planète.

Bref, à ceux que ça concerne : bienvenue dans mon monde, profitez, ralentissez.

Pour ceux qui sont au front : le monde vous soutien, courage à vous.

A tous, prenez soin de vous et des autres, même si ça nécessite de rester chez soi à se regarder le nombril.

Neuf mois

Il y a neuf mois (et quelques jours) S. est devenue officiellement notre fille.

Faut-il y voir un hasard si, dans une nouvelle phase de régression, S. nous fait des simulacres d’accouchement ?

Je ne sais pas. Je sais juste qu’après avoir porté et nourrit des dizaines de fois un bébé de douze kilo le mois dernier, ces jours ci il faut la hisser de dessous les couvertures, ou de l’intérieur d’un tunnel… et la sécher. Surprenant non ?!

Et moi ? Règles douloureuses, grosse fatigue et à fleur de peau… je crois que je suis en post-partum.

Un weekend « mamies » dont je me serai bien passé

Ma mère :

Tu devrais ci.

Tu ne devrais pas ça.

Ah bon tu fais ça ?

Et pourquoi tu ne fais pas ça ?

La mère de MonChéri :

Mais elle ne sait pas faire ça ?

Et ça alors, quand est-ce qu’elle va s’y mettre !

Et ça, toujours pas mieux ?

Pourquoi elle ne fait pas ça ?

Mais allez vous faire… !!!!!!!!!!! BORDEL !!!!!!!!!!!!

(Hum désolée, fallait que ça sorte…)

(Besoin de soutien moral là, vraiment)

(Vous pouvez vous lâcher)

Les gens

J’avais commencé à écrire cet article il y a un moment et finalement j’avais décidé de juste ravaler ma haine.

Et puis en fait non.

J’en peux plus des gens (c’est vaste vous me direz, je ne vise pas tout le monde, juste les gens) (je crois que « les gens » dans mon esprit c’est une insulte polie).

Avant de revenir avec S. on avait prévenu : attention elle sera probablement très intimidée mais de toute façon, même si ce n’était pas le cas, il n’est pas souhaitable qu’au départ elle aille vers tout le monde et que tout le monde s’en occupe. Encore une fois merci J. Lemieux et les mots que nous lui avons emprunté.
Au début tout le monde a plutôt bien respecté la consigne pour ceux qui l’avaient eu, quand aux autres, aux inconnus etc. de toute façon S. était agrippé à nous et se cachait si quelqu’un approchait.

Et puis, au bout d’un certain temps, elle a fini par se détendre et sympathiser avec le monde. Au départ on s’est dit « chouette, c’est plutôt bon signe ! ». C’était sans compter les gens, les gens qui ont pris ça comme le feu vert pour faire n’importe quoi, et nous qui, bêtement, encore dans notre idée de « c’est bien elle s’ouvre au monde » n’avons pas réagi tout de suite (et croyez moi je m’en veux à mort).

Les gens sont devenus c*ns, à faire n’importe quoi pour être celui qui aurait le plus d’interactions, de bisous ou de câlins, pour être celui qui aura la cote auprès de S.
Je sais que certains se comportent comme ça d’office devant un gamin, je sais aussi que le statut « adopté » de ma fille accentue le phénomène, on était prévenus mais de le vivre ça demande un temps d’adaptation quand même… Bref, les gens n’en peuvent plus, même les professionnels sortent de leur rôle (genre les secrétaires médicales qui sortent de derrière leur bureau pour demander un bisou parce qu’ « elle est tellement mignonne, c’est une histoire tellement incroyable », ou pire, et là ça m’a fait sortir de mes gonds, les animatrices du lieu d’accueil parent-enfant qui gardaient une attitude tout à fait professionnelle avec les autres enfants mais monopolisaient ma fille « qu’est ce qu’elle est attachaaaante » ). Le pire du pire ? Une collègue de MonChéri qui prend ma fille dans ses bras et lui dit « voilà, maintenant t’es mon bébé ! », croyez moi la collègue s’en est pris plein la poire.

Ca a été le déclencheur. On s’est rendu compte qu’il allait falloir faire un retour en arrière immédiatement parce que notre fille était en train de trouver là une solution à son angoisse du rejet : se faire aimer de tout le monde et de n’importe qui.

Alors j’ai fui les gens, et l’arrêt de MonChéri est arrivé peu de temps après donc on s’est refait un petit cocon à trois. Plus de visites à son boulot (je vous jure, ses collègues, j’avais envie de les empaler), plus de visites au lieu d’accueil…

Aujourd’hui MonChéri a repris le boulot et je recommence à sortir. C’est peut être pour ça que cet article m’est revenu d’ailleurs, parce qu’à nouveau je me heurte à des gens qui perdent leurs neurones en présence de S. Sauf qu’aujourd’hui nous ré-apprenons à notre fille qu’elle a le droit de dire « non » si elle ne veut pas de bisous, et qu’on ne montre pas le même degré d’intimité envers la famille ou les amis qu’envers quelqu’un qu’on croise occasionnellement ou qu’on rencontre pour la première fois.

C’est pas évident quand on est du genre à ne pas faire de vagues, mais maintenant on sort les dents…

Notre famille (article un peu MILK, mais j’ai le droit quand même)

Au dessus de notre lit, deux cadres, deux portraits, notre fils, notre fille. Ces deux cadres accrochés j’ai ressenti un certain accomplissement, ce sentiment d’avoir ma famille au complet.

Oui, même si mon fils me manque, d’autant plus en vivant aujourd’hui avec S. tout ce que nous aurions du vivre d’abord avec lui, comme si je me rendais d’autant plus compte de tout ce qui nous a été arraché par sa mort. Mais c’est un fait, c’est comme ça, sa place dans la famille est celle-ci, celle de l’aîné qui n’est pas né vivant, et sa place est importante.

Et même si parfois je me dis « ce qu’on vit aujourd’hui est merveilleux, pourquoi ne pas le vivre une seconde fois ? », la demi-seconde qui suit je me dis « ce qu’on vit aujourd’hui est tellement merveilleux, pourquoi risquer de briser tout ça ?! »

Bref, notre famille au complet, une famille atypique, une famille dont je suis fière. Sur ce mur, au dessus de notre lit, deux portraits résument à eux seuls à quel point notre combat a été grand pour devenir parents.

Aujourd’hui, chaque jour, je pose un regard émerveillé sur ma fille, mon incroyable fille qui se reconstruit une vie en composant avec l’ancienne. Et même si je sais que notre présence n’y est pas pour rien, je vous assure que nous sommes surtout spectateurs de cette force qu’elle déploie et de ses réussites. Nous sommes là en soutien (bon soutien quand même, envoyons nous des fleurs un peu), mais c’est elle qui fait le gros du boulot !

Aujourd’hui on nage dans le bonheur d’une vie de famille où chacun sait combien elle est précieuse, une vie de famille tellement normale mais tellement extraordinaire à nos yeux. Voir MonChéri faire du toboggan au parc dans n’importe quel sens juste pour faire marrer sa fille, la voir « l’escalader » (MonChéri aurait-il pris un peu de ventre ? Hum hum..) le matin dans le lit pour lui faire un câlin, se serrer tous les trois dans le canapé… me procurent une joie immense. Intérieurement je suis la pire des « MILK », chaque petites choses faites ou dites par ma fille mériteraient la une d’un journal, ou une publication fb, ou au moins que j’appelle l’intégralité de ma famille et de mes amis, toutes discussions ne pourraient tourner qu’autour d’elle sans problème… mais bon… je me contiens… je sais…

Mais quand même, que notre fille depuis quelques temps nous dise plusieurs fois par jour : « maman, ‘t’aime » et « papa, ‘t’aime », je n’allais pas le garder pour moi !

Régression ?

Hier, aujourd’hui, S. s’allonge par-terre, me tend les bras : « bébé, câlin » – je la prends, elle se laisse porter, de tout son poids, poupée de chiffon, se blottit contre moi… « Biberon » – je lui donne le biberon, puis elle redescend, s’allonge et recommence : « bébé, câlin »…

10 fois, 20 fois peut être. On ne compte pas. On fait et puis c’est tout.

Et puis, pour la première fois, elle a pointé du doigt le premier classeur et demandé à voir les photos des moments passés avec nous à l’orphelinats, elle qui jusqu’à présent ne voulait voir que le second, celui du jugement et de l’après, ou seulement la toute première partie du premier : le récit de l’appel et de notre préparation…

Alors, on régresse ou on avance ? 😉

Anniversaire

Voilà une situation particulière qui peut se résumer en une phrase surprenante : ma fille de quelques mois va avoir trois ans.
Si si. Elle est ma fille. Depuis quelques mois. Et dans quelques jours elle aura trois ans.

Nous préparons fièrement son anniversaire, nous lui avons expliqué cette journée particulière et elle l’attend ( « S. quel âge vas-tu avoir ? » « T’ois » dit-elle… avec ses dix doigts en l’air !)… mais lorsque j’ai accouché de mon fils, j’ai réalisé que la personne pour qui un anniversaire a le plus de signification n’est pas celle qui le fête mais celle qui a enfanté. Elle sait ce qui s’est passé ce jour là, en détail, tout est imprimé, heure par heure, le temps, les odeurs, les visages, la douleur… Cette journée elle en a un réel souvenir.

Il y a trois ans une autre femme a mis au monde ma fille. J’aurais aimé être là, savoir, heure par heure, être au premier rang de la découverte de cette enfant, de son premier regard… mais l’histoire ne devait pas être celle là, elle seule connaît les secrets de cette journée. Il y a trois ans elle a mis au monde sa fille, la mienne, et la prise contre elle.
Aujourd’hui, je pense à elle, elle qui a accompagné, porté, soigné sa/ma fille durant ses premiers mois et qui a du se résigner à l’abandonner. Elle n’a pas été que génitrice, elle a été sa maman comme je le suis aujourd’hui. La douleur de la décision, la douleur de la séparation, la douleur du vide… je l’ai vécu d’une autre manière, mais comment vit-on de savoir son enfant encore vivant quelque part mais pas auprès de soi ? Que vit-elle aujourd’hui ?

Il y a quelques temps nous discutions avec MonChéri de tous ces « fantômes » qui composent notre famille. Il y a « papa, maman et S. », trio bien vivant et inséparable, et puis il y a un fils/frère aîné quelque part dans les étoiles et une première maman quelque part dans ce monde. Il faut composer avec, construire autour, donner une juste place à chacun…

En attendant, dans quelques jours, notre fille va fêter ses trois ans… et elle, comment va -telle le vivre ?

Merci 2019 !

Me voilà avec un peu de temps pour moi, comme d’habitude à cette période je suis allée lire l’article de l’année dernière, voir de quelle façon je portais mon espoir. Quelle émotion de se retrouver un an après avec notre vœux le plus cher exaucé ! Oui cette année nous avons été chanceux.

Noël est passé, tellement plus léger, tellement plus heureux… tellement étrange pour nous qui l’avons fui si longtemps. Mille fois j’ai pensé à toutes celles et ceux pour qui cette période est devenue un supplice. Je n’oublierai jamais.

Notre petite S., elle, n’aura pas été très chanceuse pour Noël puisque le 24 au soir elle était au lit à 19h avec 40 de fièvre (et nous de vivre nos premières nuits de parents d’enfant malade), ça n’a pas empêché les étoiles dans les yeux le lendemain matin heureusement.
Notre souhait de ne pas la voir crouler sous les cadeaux-babioles a été relativement bien respecté jusque là, elle a eu de beaux jouets et elle en est ravie.

Pour le reste, notre demoiselle traverse de nouveau une période d’angoisses pour une raison que nous n’avions absolument pas anticipée : sa tentative de propreté. Eh oui, ça aussi ça demande du lâcher prise, et le lâcher prise est encore difficile malgré tout… Retour en arrière, on attend que ça se tasse.
En revanche elle a passé avec succès et sans stress ses premières heures sans nous, à la maison, de jour, avec une baby-sitter qu’elle connaît bien. La possibilité d’un resto en amoureux se profile.
Quant au sommeil est une affaire qui roule.

Voilà, nous terminons 2019 avec, à nos côté, notre fille merveilleuse. S. est un soleil vivant, elle ne laisse personne indifférent avec sa joie de vivre et son regard intense. Elle est une petite fille à la fois sensible et forte, plusieurs personnes m’ont déjà dit : « elle s’en sortira toujours dans la vie, ça se sent » et je le crois volontiers.

Que nous souhaiter pour l’année à venir ? Encore et toujours du bonheur, une vie paisible avec ses plaisirs simples. Et puis une reprise du boulot en douceur pour moi, une entrée à l’école tranquille pour elle.
L’aboutissement de notre quête laisse place à d’autres projets, peut-être pourrais-je renouer avec d’anciennes envies ?

A tous je vous souhaite une année aussi chanceuse que celle que nous venons de vivre, et rdv dans un an pour le bilan !

6 ans

6 ans hier. Il y a six ans c’était un lundi aussi. Il y a six ans je mettais au monde, dans l’autre monde, mon premier enfant.

On ne va pas se mentir, avec S. aujourd’hui dans nos vies c’est plus facile, ou moins lourd. Oubliée l’angoisse de « Et s’il était le seul enfant qui nous était destiné ? Si notre parentalité ne devait être que celle là, un deuil ? ».
Mais un enfant n’efface pas l’autre.

Il y a peu je réalisais que mes deux grossesses (l’une d’elle est un peu particulière, mais cette période entre l’appel et notre retour à la maison avec S., je l’ai vraiment vécu comme une grossesse), et donc les souvenirs qui vont avec, se complétaient (du moins auraient du) parfaitement sur une année. Enceinte de L. mi juin, je devais l’être jusqu’à mars, pour S. nous avons été appelé fin mars et sommes revenu mi-juin.
Sauf que dans tout ça il manque trois mois. Il manque trois mois de L. dans mon ventre.

Je sais que nous avons pris la bonne décision. Je me souviens parfaitement que, le jour où nous avons compris que notre fils ne vivrait pas, il nous était impossible de continuer cette grossesse, comment vivre encore des semaines et des mois « comme si de rien n’était » alors que notre décision était prise de lui épargner cette vie trop douloureuse ?
Et pourtant aujourd’hui ces trois mois de ma vie et de la sienne manquent cruellement. Il y a comme un goût amer d’inachevé. La vie en dehors de moi n’était pas pensable, mais après tout, pourquoi ne pas nous avoir laissé le temps de terminer cette petite vie là…

On m’a fait comprendre il y a quelques temps qu’il fallait que je retravaille sur mon deuil. Bon bah voilà, j’en suis là, à ces trois mois manquant.

Enfin cette journée est passée, entre le triste anniversaire de notre fils, MonChéri à l’hôpital pour son retrait de plaque, et notre fille qui a décidé que là tout de suite maintenant c’était le moment de se passer des couches sans avoir le plein pouvoir sur ses sphincters… drôle d’ambiance.

Poser les valises

Il y a une grosse semaine avec MonChéri on se faisait la réflexion que, ça y est, notre petite S. semblait avoir posé ses valises. Beaucoup plus sereine, beaucoup plus ouverte, beaucoup plus spontanée… comme si elle était enfin redevenue une petite fille insouciante.

Quand elle voit un autre enfant elle n’a plus peur, au contraire. Elle n’est plus dans l’auto-contrôle, elle ose faire de potentielles bêtises, mettre le bazar, exprimer ses désirs, se rouler par terre de mécontentement comme tout enfant de son âge… Elle papillonne autour de nous, vient chercher un bisou et repart à ses explorations, à ses jeux, vers ses copains…
Ses peurs ne sont plus envahissantes et plus vite rassurées, un simple regard suffit parfois.

Le sommeil est plus serein, il semblerait (*touche frénétiquement du bois*) que nous ayons trouvé une bonne recette : un sieste très tôt (endormissement en ma présence), qui permet d’être suffisamment reposée pour le reste de la journée mais suffisamment fatiguée le soir pour s’endormir, seule, tranquillement. Espérons que ça dure. Les nuits ça dépend, mais globalement les terreurs nocturnes sont plus rares et on se lève moins.

De façon très surprenante c’est arrivé d’un coup, alors que juste avant nous traversions une phase de grosses angoisses, de tests et de sommeil terrible, mais je crois que cette période a été le déclencheur chez moi d’une attitude plus sereine et d’une plus grande confiance en moi : « je suis sa mère, je connais ma fille, on va se sortir de là ».

Nous savons qu’une difficulté pourra faire réapparaître son insécurité, alors on croise les doigts pour que la tentative prochaine de la faire garder ne sera pas trop angoissante pour elle, on espère que les vacances prévues en début d’année ne la chambouleront pas trop, que la reprise du boulot de MonChéri après ces congés ne la feront pas « replonger »… mais il faut y aller et y aller confiants, tout ça ce sont des apprentissages et des étapes nécessaires pour encore mieux se construire. En attendant on se réjouit de voir notre petite fille aussi épanouie !